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Alstom-Siemens: la presse allemande lassée du dirigisme français

Temps de lecture : 2 min

Arnaud Montebourg à l'Élysée, le 28 avril 2014. REUTERS/Philippe Wojazer.
Arnaud Montebourg à l'Élysée, le 28 avril 2014. REUTERS/Philippe Wojazer.

Malgré les efforts entrepris ces derniers jours par le gouvernement français pour jeter les bases d'un «Airbus de l'énergie» entre Alstom et Siemens et éviter ainsi une reprise du groupe français par l'américain General Electric, la direction d'Alstom tourne pour l'instant le dos à son concurrent allemand. Outre-Rhin, la tension monte chez les dirigeants de Siemens, et les critiques pleuvent dans la presse.

Après avoir envoyé samedi une lettre d'intention à Alstom qui est restée sans réponse, la direction de Siemens a envoyé un nouveau courrier hier, dans lequel elle se plaint de l'attitude distante du groupe français à son égard, rapporte l'hebdomadaire Der Spiegel:

«"Nous sommes particulièrement déçus par le manque de coopération du PDG" Patrick Kron [déplore Siemens] –celui-ci n'aurait pas été intéressé par un "dialogue direct" sur le marché potentiel. La direction d'Alstom n'a jusqu'à présent "pas pris en compte toutes les possibilités de la même façon", critique ensuite Siemens.»

Le quotidien Die Welt publie d'ailleurs un portrait de Patrick Kron au titre éloquent –«L'homme qui ne voulait en aucun cas pardonner Siemens»–, dans lequel il revient notamment sur la tentative de reprise d'Alstom par son concurrent en 2003 et sur son sauvetage in extremis par le gouvernement de l'époque, ainsi que sur le conflit qui les avait opposés face à Eurostar en 2010.

La presse allemande voit par ailleurs d'un mauvais œil l'intervention du gouvernement français dans cette affaire. La journaliste du quotidien Der Tagesspiegel Heike Jahberg critique, dans un article pompeusement intitulé «La fin de la grande nation économique», le protectionnisme dont fait montre la France, dans une diatribe saturée de french bashing:

«On peut chercher en vain un computer en France. On ne peut pas non plus s'abonner à une newsletter chez notre voisin de l'Ouest. Les Français accordent de la valeur à leur identité nationale. Au lieu des newsletters, on envoie en France des "lettres" ou des "bulletins d'information", celui qui veut acheter un computer doit demander un "ordinateur".

Les Français veulent aussi défendre leur identité nationale sur le plan économique. Qu'importe si ce sont les socialistes ou les conservateurs qui sont au pouvoir, le palais de l'Élysée corègne. Grandes fusions d'entreprises, plans de reprises: le gouvernement a son mot à dire.»

Sur le site du quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung, le journaliste Carsten Knop dénonce lui la récupération politique du destin d'Alstom:

«C'est une mauvaise nouvelle que ce ne soit pas Siemens qui ait annoncé la nouvelle qu'une offre allait effectivement être faite auprès de son concurrent, mais que ce soit le ministre de l'Économie français Arnaud Montebourg, et qui plus est devant l'Assemblée nationale, à Paris. […] Ce qui est mauvais, c'est qu'il ne va pas être question du meilleur avenir pour une future entreprise commune de GE ou Siemens avec Alstom, mais de garanties concernant les postes et d'autres décisions qui s'imposent sur un plan politique plutôt que des décisions de gestion judicieuses.»

Annabelle Georgen Journaliste

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