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Edward Snowden se défend de complaisance à l'égard de Poutine

Andréa Fradin, mis à jour le 18.04.2014 à 11 h 50

La question enregistrée d'Edward Snowden à Vladimir Poutine lors de sa session annuelle de questions-réponses, le 17 avril 2014.

La question enregistrée d'Edward Snowden à Vladimir Poutine lors de sa session annuelle de questions-réponses, le 17 avril 2014.

Snowden réplique. Accusé de complaisance à l'égard de Vladimir Poutine pour lui avoir posé, jeudi 17 avril, une question sur l'existence en Russie d'un système de surveillance, l'ancien consultant de la NSA répond dans une tribune pour The Guardian qu'il «regrette que [sa] question ait pu être mal interprétée». Il ajoute:

«Je suis surpris que des gens qui m'ont vu risquer ma vie en exposant les pratiques de surveillance de mon propre pays puissent ne pas croire que je critiquerais aussi les politiques de surveillance en Russie.»

En asile provisoire dans ce pays depuis fin juillet 2013, Edward Snowden précise ne pas avoir prêté «allégeance» à la Russie, et que sa question était sans aucune «arrière-pensée», si ce n'est forcer Vladimir Poutine à s'exprimer publiquement sur la question de la surveillance.

Selon lui, il est en effet nécessaire de provoquer la prise de parole des dirigeant sur ces thématiques, ne serait-ce que pour y confronter, par la suite, les faits. Et apprécier ainsi la validité de leur réponse:

«[...] Si nous devons mettre à l'épreuve la véracité des affirmations des officiels, nous devons d'abord leur donner l'opportunité de faire ces affirmations.»

Le lanceur d'alerte, qui a demandé à Vladimir Poutine si la Russie «interceptait, analysait et stockait des millions de communications», explique ainsi s'être inspiré d'une anecdote qui s'est déroulée dans son propre pays: le «mensonge de [James] Clapper». Interrogé devant la commission du renseignement du Sénat américain en mars 2013 sur l'existence, au sein de la NSA, d'un système de «collecte de données visant des millions ou des centaines de millions d'Américains», le directeur du renseignement aux Etats-Unis avait répondu non à deux reprises.

Une affirmation qu'il a par la suite qualifiée d'«erronnée» à la suite du premier wagon de révélations de Snowden, et qui aurait motivé ce dernier à lancer l'alerte.

En l'occurrence, Vladmir Poutine a déclaré ce 17 avril que la Russie ne disposait pas d'«un système massif et incontrôlable d'interception»; une réponse proche de celle de Barack Obama, estime encore Edward Snowden, qui ajoute qu'il y a de nombreuses «incohérences dans le déni» du leader russe. Et en effet, si la surveillance est bel et bien encadrée par la loi en Russie, et que «les services de renseignements ont obligation de demander un mandat pour consulter le contenu de ces conversations, écrivions-nous alors, ils ne sont en revanche pas tenus de montrer ce mandat à qui que ce soit». Par ailleurs, la Russie dispose aussi d'un système d'interception, renforcée spécialement pour les Jeux olympiques de Sotchi, baptisé Sorm.

Problème: la question de l'ancien consultant de la NSA est intervenue au beau milieu d'un show télévisué annuel qu'affectionne particulièrement Vladimir Poutine, dans lequel ce dernier répond pendant quatre heures à des questions simples et complaisantes. Un petit manège auquel Snowden est accusé d'avoir contribué en connaissance de cause: selon un journaliste de The Economist cité par le Guardian, Edward Lucas, il passerait ainsi «pour un pigeon de la propagande du Kremlin».

Au-delà des détracteurs habituels de Snowden –dont fait partie Lucas, précise le journal britannique–, d'autres, plus proches du lanceur d'alerte regrettent aussi sa prise de position: ainsi Jillian York de l'Electronic Frontier Foundation, très active sur le front des libertés numériques. Dans un tweet, elle déclarait ainsi:

«La question de Snowden ETAIT facile. S'il en sait autant qu'il le prétend, il aurait su que sa formulation laissait une porte de sortie à Poutine.»

A.F.

Andréa Fradin
Andréa Fradin (204 articles)
Journaliste
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