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Cartographier le conflit syrien grâce aux infos des réseaux sociaux

Camille Jourdan, mis à jour le 16.04.2014 à 18 h 52

Alep, Syrie / Freedom House via Flickr CC License By

Alep, Syrie / Freedom House via Flickr CC License By

En Syrie, la guerre sévit depuis maintenant trois ans. Si l’on sait que les affrontements opposent les forces gouvernementales à des groupes rebelles, il semble compliqué de comprendre tous les tenants et aboutissants de ce conflit. Pour éclaircir le contexte de ces combats, que les journalistes ont du mal à couvrir sur le terrain, le Carter Center a mis en place le projet «Mapping Syria Conflict», visant à cartographier la guerre qui se déroule en Syrie.

Par cartographie, l’ONG entend divers éléments: déterminer qui sont les groupes armés pro et anti-gouvernement, comment et où ils évoluent, et donner des «analyses au jour le jour sur l’état du conflit». Afin de trouver ces informations, les chercheurs de ce projet utilisent une méthode bien particulière: ils collectent des données obtenues sur les réseaux sociaux.

YouTube, Facebook ou encore Twitter sont les principales sources d’information de Christopher McNeboe, à l’initiative du «Mapping Syria Conflict Project».

«Nos données, bien que non exhaustives, peuvent être considérées comme représentatives de ce qu'il se passe en Syrie sachant que la plupart des groupes armés les plus importants et les plus actifs en Syrie ont une forte présence sur le Net.»

Shiraz Maher, l’une des auteures d’un récent rapport du Centre International pour l’étude de la radicalisation sur l’utilisation des réseaux sociaux dans le conflit syrien, confirme à la BBC:

«C’est le conflit le plus “socialement médiatisé” de l’histoire.»

Entre les vidéos de propagande des différents groupes armés, les comptes sur Facebook ou les tweets de diverses organisations, les réseaux sociaux se révèlent être une mine d’informations.

«Ces organisations diffusent des informations en temps réel en direct du champ de bataille, publient des liens vers de nouvelles vidéos et vers des déclarations officielles, et partagent des photographies des affrontements, du matériel utilisé, et des réunions.»

Face à ce flot d’informations, difficile cependant de déceler le faux du vrai. Sur Latitude News, Chris Zambelis, analyste au cabinet-conseil Helios Global, met en garde:

«Il est vraiment très compliqué de de distinguer la vérité de la propagande, de la fiction, et de toutes ces informations qui sont amplifiées et exagérées.»

Christopher McNeboe en a conscience. Interrogé sur la question par Forbes, il assure que toutes les données récoltées sur ces réseaux sociaux sont recoupées et vérifiées:

«L'un des moyens dont nous disposons pour résoudre ces problèmes de fausses informations est de les faire confirmer, autant que possible, par des contacts présents en Syrie.»

Grâce à cette technique de «data mining», le Carter Center a déjà publié huit rapports, détaillant les forces présentes en Syrie, leur avancée, etc. Les objectifs sont multiples: fournir des informations fiables et utiles aux médiateurs qui cherchent à rétablir la paix en Syrie, mais aussi aux organisations humanitaires qui apportent leur aide dans les zones sinistrées.

«En tant qu’organisation non gouvernementale, [le Carter Center] se trouve dans une position unique qui lui permet d’utiliser ces informations pour déboucher sur une solution harmonieuse et plus nuancée.»

Chris McNeboe ne compte d’ailleurs pas s’arrêter là: «Pourquoi se limiter à la Syrie?», demande-t-il.

Camille Jourdan
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Journaliste
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