L'homme tient l'avenir de la Terre dans ses mains: bienvenue dans l'anthropocène

Nasa / REUTERS

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L'époque n'a pas encore fait son entrée officielle dans l'échelle des temps géologiques, mais c'est la nôtre. Celle au cours de laquelle l'homme peut tout détruire.

Anthropo-quoi? «Anthropocène», terme proposé par Paul Crutzen, chimiste et météorologue néerlandais nobélisé pour ses travaux sur la couche d'ozone, signifie que l'espèce humaine est devenue la principale force géophysique de la Terre, capable de modifier définitivement son environnement. L'impact de ses activités l'emporte en effet, pour la première fois dans l'histoire de notre planète, sur toutes les autres, c'est-à-dire l'ensemble des facteurs naturels.

Dans cet anthropocène –du grec anthropos, être humain–, l'homme modifie le climat planétaire ainsi que les grands équilibres de la biosphère, essentiellement par la masse de gaz polluants qu'il produit. Nous voilà donc passés de l'ère de l'holocène, période géologique d'environ 10.000 ans, stable et relativement chaude, qui suit la dernière ère glaciaire et permet notamment l'agriculture et l'expansion des civilisations, à l'ère de l'anthropocène, qui débute à la fin du XVIIIe siècle avec les prémices de la révolution industrielle.

L'usine remplace alors le travail agricole et artisanal. Le volume de la production industrielle et fumante s'en trouve considérablement augmenté tandis que la révolution des transports tend à raccourcir les distances du marché mondial, bien avant Internet. Suit alors, dans les années 1950, ce que bon nombre de scientifiques appellent la «grande accélération» avec l'avènement de l'actuelle société de consommation au menu désormais bien connu: mondialisation, industrie, pub et tourisme.

Nos colocataires? On s'en fiche!

Bon. A supposer que nous prenions conscience de l'impact de nos faits et gestes industriels sur la nature qui, semble-t-il, n'a rien demandé, cette nouvelle ère à l'équilibre fragile nous expose à un défi majeur. Les premiers effets économiques de notre espèce sur la planète Terre sont loin d'être globalement positifs. Le bilan commence même à s'alourdir sérieusement.

Appauvrissement de la biodiversité, flux d'azote, pollution chimique, charge des aérosols dans l'atmosphère, surconsommation d'eau douce, diminution de la couche d'ozone, flux de phosphore, exploitation de sols, acidification des océans, changement climatique. Autant d'écueils causés par des activités humaines et reconnus par nombre de responsables scientifiques qui n'ont aucun intérêt à jouer les Cassandre (voir à ce sujet le dernier rapport du Giec...).

La Terre, planète toute riquiqui à l'échelle de l'univers, parmi des milliards d'autres exoplanètes, pourrait bien devenir, par nos regards indifférents, la somme cataclysmique de nos actes. Bien sûr, l'homme possède cette particularité inouïe de réagir lorsqu'il est certain d'aller dans le mur ou bien juste après s'y être encastré –voir le génie footballistique français. Mais on peut malheureusement s'attendre à atteindre, si les choses devaient continuer de fumer ainsi, à des points de non retour.

Soyons clair. L'homme se fout globalement du sort de ses co-locataires sur la Terre. Ne parlons même pas des animaux. Au rythme actuel de leurs disparitions, 30% de toutes les espèces vivant actuellement sur la Terre pourraient avoir disparu en 2050. Il ne s'agit pas seulement des  tigres de Sumatra, des couguars (officiellement déclarés espèce éteinte il y a deux ans), des rhinocéros unicornes, des pandas géants, des manchots empereurs, des ours polaires, ou des koalas, qui sont actuellement pressentis pour disparaître définitivement de la surface de la Terre dans les siècles prochains, mais aussi de dizaines de milliers d'autres espèces de poissons, insectes, ou batraciens.

Qu'ils fassent partie de la famille des mammifères, des poissons ou des oiseaux, aucun animal, à part peut-être le chien ou le chat, n'est aujourd'hui totalement à l'abri d'une disparition à long terme.

Les causes de ces extinctions sont nombreuses. Elles peuvent être naturelles, comme lorsqu'il s'agit de sécheresses locales ou d'incendies, de manque de nourriture ou de la fonte des glaces –bien que cette dernière soit liée au réchauffement climatique. Mais c'est essentiellement à cause de l'homme que ces animaux disparaissent. Mers polluées, forêts déforestées, animaux chassés pour leur viande, leur peau, leurs dents, leurs écailles, leurs plumes, leur graisse, pour fabriquer des vêtements, des bijoux ou des produits cosmétiques.

L'exemple navrant de la pêche en eaux profondes

Selon Hubert Reeves, astrophysicien québécois par ailleurs président de la Ligue pour la préservation de la faune sauvage et la défense des non-chasseurs (ROC), la situation est très mal engagée:

«On élimine tous les ans plus de mille fois plus d’espèces animales et végétales qu’en 1925. Au rythme où l’on va, 20% à 30% des espèces auront disparu d’ici 2050. Nous sommes dans une période d’extinction massive des espèces animales et végétales, comme il y en a eu cinq depuis l’apparition de la vie sur la Terre.»

Seulement contrairement aux quatre précédentes, celle-ci est orchestrée par l'homme. L'économie profitable –et non rentable– semble désormais primer sur tout. Le 10 décembre dernier, après notamment qu'une BD fort talentueuse a fait beaucoup parler pour sensibiliser aux ravages de la pêche en eaux profondes, un projet de loi visant à interdire le chalutage des grands fonds était rejetée –de justesse, il est vrai.

En plein risque océanique, le Parlement européen n'a donc pas réussi à faire bloc pour protéger les mers en interdisant aux professionnels de remplir leurs chaluts tractés sur les fonds marins à plus de 200 mètres de profondeur, contrairement aux propositions de la Commission européenne. Les députés ont, en fait, tranché a minima, comme leur avaient recommandé la France et l’Espagne –deux Etats gros pêcheurs en eaux profondes–, et ont seulement décidé de restreindre cette technique aux zones déjà exploitées.

La pêche en eaux profondes constitue pourtant une agression majeure pour l’écosystème marin. Pour six espèces principales de poissons commercialisées –lingue bleue, grenadier de roche, sabre noir, phycis de fond, dorade rose et béryx–, le chalut en ramasse des dizaines d’autres, puis les rejette par-dessus bord pour défaut de rentabilité. Sur le pont d'un chalut, alors que près d’une espèce pêchée sur trois est en voie d’extinction, on rejette près de 50% des poissons.

Il n'est pas rare que les pêcheurs suivent en direct les cours du poisson et s'informent sur ceux qui risquent d’être le plus achetés au port à leur retour. Quand le filet est relevé, on laisse ainsi agoniser sur le pont des milliers d’animaux avant de les rejeter mourants tout simplement parce qu’ils ne se vendraient pas bien. Par ailleurs, le filet du chalut endommage sur son passage les coraux, les éponges, et racle les sols sédimentaires. Il racle au fond des abysses, pourtant mal connues de l'homme puisque la lumière n'y filtre pas. Il racle des sols qui ont pourtant mis des milliers d'années à se former, un peu comme si on «rasait Notre-Dame au bulldozer», souligne Mattieu Ricard, moine bouddhiste tibétain et docteur en génétique cellulaire.

Reste des océans, de plus en plus abimés et souillés par les déchets en plastique, qui constituent pourtant la source même de la vie sur la Terre. On parle en effet, aujourd'hui, d'un «7e continent de plastique» évoluant dans le nord de l'océan Pacifique, de la taille d'un tiers des Etats-Unis ou de six fois la France. Bien sûr, il s'agit davantage d'une «soupe de plastique» que d'un continent, constituée de gros déchets éparses et surtout d'une myriade de minuscules fragments en plastique –d'un diamètre inférieur à 5 mm, en suspension à la surface ou jusqu'à 30 mètres de profondeur. Et que les poissons ou dauphins avalent souvent, les confondant avec du plancton, avant de mourir étouffés.

De fait, nous tuons sans vergogne, nous bradons et nous gaspillons la Terre sans la comprendre ni la connaître vraiment. L'accident du Boeing 777 de la Malaysia Airlines, dont on a toujours pas retrouvé les boîtes noires, devrait nous rappeler que les mers et les océans couvrent 70% du globe et que leur dimension gigantesque, leur faune et leurs cycles naturels, ont une influence déterminante sur la vie sur Terre et qu'il est pour le moins risqué de mettre cet équilibre en péril.

Un trésor découvert dans un diamant brun

Nous connaissons si mal notre planète que nous découvrons, en 2014, des phénomènes qui existent depuis des millions d'années peut-être. Ainsi, il y a quelques semaines, un minéral appelé ringwoodite était extrait d'un petit diamant brun retrouvé dans le Mato Grosso, au Brésil. Analysé par l'équipe de Graham Pearson de l'université d'Alberta au Canada, cette pierre particulièrement précieuse, issue d’une roche volcanique remontée par chance à la surface de la terre, contenait un échantillon de ringwoodite, un minéral contenant de l’eau!

La ringwoodite avait auparavant été découverte dans des météorites. C'est la première fois qu'un scientifique trouve ce minéral dans un échantillon d'origine terrestre, situé d'ordinaire à une profondeur inaccessible. C'est une formidable découverte, digne du roman de Jules Verne Voyage au centre de la Terre dans lequel il avait imaginé l’existence d’une mer souterraine. Une quantité d’eau colossale se trouverait sous la croûte terrestre. Trop occupés à polluer sans doute, nous ne le savions pas.

Publiée dans la revue britannique Nature, cette découverte suggère que cette réserve d'eau, située entre 410 et 660 kilomètres de profondeur sous-terraine, «pourrait renfermer autant d’eau que tous les océans réunis». Ce n'est pas certain, bien sûr. Mais la seule plausibilité de cette hypothèse montre à quel point nous méconnaissons la Terre.

Etrangement, nous nous méfions de la nature, alors que nous devrions nous en inspirer. La nature a déjà beaucoup inventé sans pour autant détruire son environnement. Bien avant que l'homme ne découvre le feu, elle avait déjà conçu le vol, la nage, l'architecture ou les économies d'énergie. Depuis quatre milliards d'années, l'évolution explore des millions de solutions pour n'en retenir que les meilleures.

C'est d'ailleurs l'esprit du biomimétisme, une approche scientifique qui entend s'inspirer du génie naturel pour concilier progrès et respect de l'environnement. En quoi les inventions de la nature sont-elles plus intelligentes que celles de l’homme? Parce qu’elles intègrent toujours l’écosystème dans leurs processus, et ne gaspillent rien. Gunter Pauli, industriel belge qui milite pour un modèle économique basé sur le biomimétisme, explique à ce sujet:

«La nature ne sépare jamais un arbre des fourmis, les oiseaux des vers de terre ou les champignons de ce qui les entoure. Par ailleurs, elle invente des systèmes dans lesquels les déchets ne sont jamais gaspillés grâce à une cascade permanente d’énergie, de nourritures et de matières diverses qui devraient nous inspirer pour imaginer un nouveau modèle économique. L’homme gagnerait à sortir de son cartésianisme où tout est divisé, isolé, sans réfléchir aux interdépendances des matières produites.»

Mieux vaut l'économie bleue que l'économie verte

Il est déjà possible de fabriquer du papier avec de la poudre de pierres que l’on mélange avec des bouteilles en plastique, sans eau, sans arbres et sans agents chimiques. Ce papier est plus blanc, plus doux, plus fin et plus résistant que le papier traditionnel. En outre, il est complètement étanche et recyclable. Et deux fois moins cher que le papier classique! C'est précisément le principe de l'économie bleue pour laquelle milite Pauli:

«L'économie bleue ferait mieux que l’économie verte dans laquelle ce qui est bon pour un être humain et sa santé coûte généralement assez cher. L’économie bleue propose de créer des plus-values avec tout ce qui est disponible autour de nous. Nous n’avons pas conscience du potentiel de richesses naturelles qui nous entourent tandis que la nature, elle, ne gaspille jamais rien. Généralement, quand l’être humain ne sait pas quoi faire avec quelque chose, il le jette! Or, nous devrions nous inspirer de la nature pour recycler non seulement les déchets, mais aussi les déchets des déchets.»

Et l'histoire du martin-pêcheur et du TGV japonais, vous la connaissez?

En pénétrant à 350 km/h dans les tunnels, le TGV japonais provoquait une onde de choc extrêmement bruyante et perturbatrice. Eiji Nakatsu, ingénieur ferroviaire et passionné d’ornithologie, s'est posé alors une pertinente question: comment fait le martin-pêcheur pour attraper ses proies dans l’eau sans perdre de vitesse ni faire de remous? Les deux phénomènes sont en effet comparables: le train comme l’oiseau rencontrent brusquement une forte résistance, mais l’oiseau traverse l’eau comme une fleur grâce à un bec long et tranchant. Eiji Nakatsu a conçu alors sur son ordinateur un profil idéal pour le nez du train, imitant la forme du bec et la tête du martin-pêcheur. Réduisant ainsi la pression de l’air, le train roule dorénavant sensiblement plus vite avec une moindre nuisance au passage des tunnels et, cerise à la surface de l’eau, une réduction de 15% de la consommation électrique. 

Notre histoire s'accélère. Alors que les ères précédant le quaternaire duraient entre 50 et 250 millions d'années, l'anthropocène pourrait, selon certains scientifiques, ne durer que 400 ans!

«Il ne s'agit pas d'un effet d'optique lié au fait que nous avons plus d'informations sur des périodes récentes. Il s'agit bien de la vitesse avec laquelle l'ensemble des données physiques et biologiques caractérisant notre planète évolue», souligne Alain Grandjean, polytechnicien, économiste, fondateur et associé de Carbone 4, cabinet de conseil et d'études sur le carbone.

Le réchauffement climatique pourrait même se profiler à la fois plus rapidement (en 2060 plutôt que 2100) et à des températures plus élevées que prévues (4°C au lieu de 2°C), selon un rapport récent de la Banque mondiale, qui exprime au passage de vives inquiétudes quant à la capacité des hommes à s'adapter à «des vagues de chaleur extrême, une chute des stocks alimentaires et une montée du niveau de la mer frappant des centaines de millions de personnes».

Quant aux abeilles, elles commencent sérieusement à flancher. Un parasite de mouche les conduirait depuis une dizaine d'années à quitter leur ruche, les désorientant, et provoquant leur mort. L'infestation d'une ruche commence lorsqu'une mouche dépose ses œufs dans l'abdomen de l'abeille. Une fois infectées, les abeilles abandonnent leurs ruches pour se rassembler près de sources de lumière et tournent alors en rond, ayant perdu tout sens de l'orientation et meurent, le plus souvent, à l'endroit où elle se sont arrêtées. Parfois, elles se recroquevillent avant de mourir.

Nous ne mangerions pas grand-chose sans les abeilles

C'est une étrange épidémie qui touche les élevages d'abeilles domestiques de souche européenne, notamment en France et dans le reste de l'Europe depuis 1998 –et aux États-Unis depuis l'hiver 2006-2007. Les pertes peuvent atteindre, localement, jusqu'à 90% des colonies. L'homme en est-il responsable? C'est possible. Parmi les causes, toujours à l'étude, les chercheurs pensent à l'utilisation massive de certains produits chimiques.

Bien qu'aucun de ces produits, à lui seul, ne semble être la cause du syndrome, il est probable que les pesticides affaiblissent les abeilles. Parmi eux, on note les néonicotinoïdes, des insecticides agissant sur le système nerveux central, qui sont suspectés d'avoir un effet imprévu sur la capacité des abeilles à s'orienter et à mémoriser leur chemin.

Concernant les abeilles sauvages, les chercheurs sont maintenant certains que leur espèce est menacée. On en compte plus aujourd'hui que 20.000 dans le monde, et entre 900 et 1.000 en France. Pour Axel Decourtye, chercheur écotoxicologue de formation, cette extinction est le fait de la combinaison des pathologies (virus, maladies, parasites), des pesticides et de l'appauvrissement de leurs ressources alimentaires.

Problème, 80% des plantes à fleurs sont pollinisées par les abeilles. Ces insectes magnifiques pollinisent les pommiers, les amandiers, les avocatiers, les cerisiers, les oignons, les concombres, le coton, l'arachide, ou le melon. Environ un tiers de ce qui se trouve dans nos assiettes est lié à la pollinisation. Sur la table du petit déjeuner, sans les abeilles, pas de miel, de confiture, de jus d'orange ou de café.

Du moins pas au même prix ni à une telle qualité. Sans elles, les rendements sont bien moindres et les fruits de moins bonne qualité. Elles participent, de fait, à notre économie. Sur les contreforts de l'Himalaya, l'espèce sauvage qui pollinisait les pommiers a disparu. Les Chinois pollinisent depuis les pommiers au plumeau. D'autres ont tenté de polliniser des amandiers par la force du vent provoqué par les pales d'un hélicoptère. Ça n'a pas marché. Beaucoup de fumée pour rien.

La chimisation aléatoire de nos assiettes est un fait, et personne ne peut prévoir encore ses conséquences sur notre santé. A savoir, quand même, la France est aujourd'hui le premier utilisateur européen de pesticides –avec de 70.000 à 120.000 tonnes utilisées chaque année. Notre pays se place ainsi au troisième rang mondial derrière les Etats-Unis et le Japon.

Les pesticides ne sont pas seulement utilisés dans l'agriculture, mais aussi dans les jardins particuliers, dans les parcs ouverts au public, pour l'entretien de la voirie, les voies ferrées, les aéroports ou les aires de loisirs comme les golfs ou les hippodromes.

Ils n'en restent pas moins des polluants organiques persistants (POP), qui perdurent dans l'environnement, s'accumulent dans les graisses et sont donc, de manière générale, dangereux pour la santé: à haute dose –quelle dose, nul ne le sait–, ils peuvent provoquer cancers, altération du système immunitaire, problèmes de reproduction et autres joyeusetés. Malgré cela, quel que soit le gouvernement en place, le principe économique semble primer sur le principe de précaution.

Alors, que faire? Réagir?

Arrêtons-nous là.

Les premiers indices inquiétants de l'anthropocène sont beaucoup trop nombreux pour être listés dans un seul article. Plusieurs livres y sont d'ailleurs consacrés, dont l'excellent Voyage dans l'Anthropocène de Claude Lorius et Laurent Carpentier (Actes Sud). Dans cet opus-là, Claude Lorius, pionnier des recherches sur le climat, médaille d’or au CNRS, et le journaliste Laurent Carpentier s'interrogent avec humour et un zest de gravité quand-même. Quelle sera le nom de la prochaine ère? 

-  Postanthropocène?

- Nocène?

- Appocalypsenowcène? 

Nous pouvons certes réagir en Groucho tendance marxiste et nous demander:

«Pourquoi nous préoccuperions-nous des générations à venir... après ce qu'elles ont fait pour nous?»

Ou encore comme Steven Forbes, éditeur de presse américain, qui déclarait en 2009 sur la chaîne américaine Fox News:

«Modifier nos comportements parce que quelque chose va se produire dans cent ans est, je dirais, profondément bizarre.»

Pourtant, selon Claude Lorius, la seule question qui se pose désormais à nous est:

«Que voulons-nous faire de ce monde dont nous sommes devenus dans le même temps les fossoyeurs et les gardiens?»

Et de citer cette phrase –lumineuse, encore une fois– du sociologue et philosophe Edgar Morin:

«Le probable est la désintégration. L’improbable mais possible est la métamorphose.»

Dans une très sérieuse étude, publiée en mars et citée dans un article du Guardian, la Nasa prévoit ni plus ni moins que l'effondrement de notre «civilisation industrialisée». Pour parvenir à cette prédiction, les scientifiques se sont appuyés sur des données historiques croisées des civilisations passées. Selon eux, une surexploitation des ressources naturelles combinée à une trop forte disparité entre riches et pauvres, ou entre «élites» et «roturiers», comme ils sont nommés dans l’étude, ont déjà conduit à l’effondrement de civilisations, et c'est à nouveau ce processus qui se met en place. Et l'étude de souligner:

«La rareté des ressources provoquée par la pression exercée sur l’écologie et la stratification économique entre riches et pauvres ont toujours joué un rôle central dans le processus d’effondrement. Du moins au cours des cinq mille dernières années.»

N'oublions pas qu'à l'échelle de notre planète, l'homme est une espèce très récente. Si l'on devait rapporter toute l'histoire de la Terre à une année repère, alors l'être humain ne serait arrivé que le 31 décembre vers 10h du matin. Et déjà notre histoire est celle d'une seule espèce qui, par son impact socio-économique, modifie sa planète en un temps record.

Nous vivons pourtant dans un monde fini et capable de faire voler une place boursière en éclat par un seul cyclone, tsunami, ou tremblement de terre. Bien sûr, les places boursières sont rarement à côté de la mer, encore que la plus grande bourse mondiale, celle de New York, soit à une encablure de l'océan Atlantique. On peut ne pas y croire.

Reste la pollution des villes, avérée de plus en plus dangereuse. Lorsqu'on sait qu'en 2050, selon l'OCDE, la population de la planète devrait passer de 7 milliards à plus de 9 milliards, entraînant une demande croissante en énergie et ressources naturelles, et que près de 70% de cette population devrait vivre en zone urbaine, on s'interroge quand même. Mieux que dans n'importe quel scénario de SF hollywoodien, nous voilà dans la vraie vie confrontés à un défi capital.  

Benoît Helme