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Vénézuéla: ils se mettent nus pour soutenir un manifestant étudiant agressé

Camille Jourdan, mis à jour le 10.04.2014 à 17 h 37

MejorDesnudosQue / Ricardo Cie via Twitter 

MejorDesnudosQue / Ricardo Cie via Twitter 

Après l’artiste chinois Ai Weiwei ou les Femen, ce sont cette fois-ci des Vénézuéliens qui protestent en se dénudant sur Twitter, sous le hashtag #MejorDesnudosQue («Mieux vaut être nu que…»).

Leur but n’est pas seulement de provoquer en montrant leurs corps nus, mais de répondre à ce qu’il s’est passé le jeudi 3 avril à l’Université Centrale du Venezuela (UCV) à Caracas. Des étudiants s’étaient réunis là-bas pour partir manifester «contre la crise économique et le chômage», résume le quotidien vénézuélien El Nacional. Mais la police ainsi que la garde nationale les ont empêché de quitter l’enceinte de l’université, déclenchant ainsi des altercations entre les manifestants et les autorités.

Ont alors débarqué des groupes d’activistes soutenant le gouvernement de Nicolas Maduro. Ces jeunes ont commencé à frapper les étudiants. Sept en sont ressortis blessés, et l’un d’entre eux a été dévêtu, et laissé ainsi dans la rue, comme le montre la vidéo amateure d’un journaliste, Jesús Alberto Medina Ezaine.

Dès le vendredi, les premières photos flanquées du hashtag #MejorDesnudosQue et #DesnudosConLaUCV apparaissent sur Twitter. A l’origine de cette campagne, Ricardo Cie, vice-président d’une agence publicitaire. Quinze de ses collègues acceptent de poser nus pour soutenir le jeune étudiant de l’UCV.

Ricardo Cie explique à El Nacional:

«Je voulais que les gens s’activent, mais sincèrement, je ne pensais pas, je ne savais pas si ça allait fonctionner.»

Pari réussi. Sa publication est re-tweetée, et le lundi, le hashtag #MejorDesnudosQue a déjà été mentionné plus de 200.000 fois. D’autres Vénézuéliens, en soutien à cette opération décident même de se mettre eux aussi à nu.

Samantha Llovera, qui a posté sa photo, confie au journal:

«Ça me semble être une très bonne manière de soutenir ces étudiants qui ont été maltraités. C’est quelque chose de simple mais de très significatif.»

Au-dessus de ces photos de jeunes (et de moins jeunes) dénudés, on peut lire diverses formules: «Mieux vaut être nu que sans liberté», «Mieux vaut être nu que sans le Venezuela», «Mieux vaut être nu que continuer à vivre sous une dictature», «Mieux vaut être nu que vêtu du sang d’innocents», «Mieux vaut être nu que baisser la tête», etc.

Depuis février, de violentes manifestations d’étudiants sévissent dans le pays sud-américain. Les affrontements entre forces de l’ordre et manifestants sont fréquentes, ainsi qu’entre des groupes de civils armés, appelés «colectivos», et ceux qui s’opposent au gouvernement Maduro, rappelle le Huffington Post.

La BBC Mundo précise que ce n’est pas la première fois depuis le début de ces manifestations qu’un étudiant est déshabillé et humilié ainsi.

«Deux semaines avant, des photos de jeunes– dont l’identité n’a pas été vérifiée – en sous-vêtements vers le métro de Caracas ont circulé sur les réseaux sociaux. Ils avaient probablement été dévalisés pendant une réunion étudiante à la faculté d’architecture.»

De tels actes semblent donc se multiplier. Outre la protestation «virtuelle» sur les réseaux sociaux, des jeunes sont allés manifester nus mardi dans les rues de Caracas. La police les a accueillis avec des bombes lacrimogènes.

Camille Jourdan
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Journaliste
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