Un homme qui a surveillé le Mur de Berlin pendant un an témoigne

Le long du Mur de Berlin, en 1977. Via Wikimedia Commons.

Le long du Mur de Berlin, en 1977. Via Wikimedia Commons.

«Officiellement, nous devions protéger la frontière de la RDA de l'ennemi de l'Ouest. Mais un coup d'oeil dans le livre de formation montrait ce que de toute façon chacun savait: les installations frontalières étaient tournées vers l'Est. Elles séquestraient les citoyens de la RDA.»

Le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung publie cette semaine le témoignage d'un de ses correspondants locaux qui, à la fin des années 1970, a passé un an à surveiller le mur qui scindait autrefois l'Allemagne en deux. Le journaliste Frank Pergande se remémore ces longs mois d'ennui à guetter un ennemi fictif durant son service militaire. Le jeune homme qu'il était alors avait été affecté dans un poste-frontière situé à Lauchröden, un petit village de Thuringe coupé du monde extérieur par une clôture, ce qui obligeait ses habitants à être contrôlés sans cesse lors de leurs déplacements.

Les jeunes soldats étaient affectés plus ou moins près du Mur selon le degré de confiance que leur accordaient leurs chefs:

«Les critères de fiabilité nous étaient cependant inconnus. Le fait que quelqu'un soit un jeune père de famille comptait beaucoup, manifestement. Tout comme avoir des parents politiquement fiables.»

Ceux dont on craignait qu'ils profitent d'une ronde pour fuir à l'Ouest étaient donc envoyés sur la «bande de la mort», comme on surnommait la zone située en amont du Mur, en raison des nombreuses personnes qui y périrent:

«Les postes B et C étaient souvent très éloignés de la frontière elle-même, enfermés entre des clôtures signalant la frontière et des clôtures de sécurité dans un paysage irréel fait de chemins de patrouille, de miradors, de bunkers, de dispositifs de signalisation, de champs de mines, de cages à chiens et de bandes de contrôle fraîchement ratissées, afin d'y trouver des traces si l'un des dispositifs de signalisation avait déclenché l'alarme.»

Comme le rappelle Der Spiegel, plus de 950 personnes ont trouvé la mort en tentant de fuir à l'Ouest entre 1961 et 1989. Rien qu'à Berlin, 133 personnes ont été tuées au pied du Mur:

«Un des cas les plus atroces est certainement celui de Peter Fechter, âgé de 18 ans, qui a été fusillé lors d'une tentative de fuite en août 1962 et a crié à l'aide durant une heure sur la bande de la mort jusqu'à qu'il perde tout son sang.»

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