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La Russie veut-elle envahir l'est de l'Ukraine?

Temps de lecture : 2 min

Des manifestants pro-russes devant les bureaux du service de sécurité d'Etat SBU à Luhansk, dans l'est de la Russie, le 7 avril 2014, REUTERS
Des manifestants pro-russes devant les bureaux du service de sécurité d'Etat SBU à Luhansk, dans l'est de la Russie, le 7 avril 2014, REUTERS

Après une accalmie, les évènements ont recommencé à s'accélérer très rapidement en Ukraine ce week-end. Des manifestants pro-russes se sont emparés de bâtiments gouvernementaux dans la ville orientale de Donetsk, proclamant une «république» indépendante et promettant d'organiser un référendum sur la souveraineté régionale avant le 11 mai, deux semaines avant les élections présidentielles ukrainiennes le 25 mai. Certains manifestants auraient demandé à la Russie d'envoyer des troupes.

Le gouvernement russe a déclaré qu'il n'avait aucune intention d'intervenir en Ukraine continentale (hors Crimée) mais s'est réservé le droit de protéger les populations d'origine russe y vivant. Le président par intérim de l'Ukraine, Oleksandr Tourtchynov, a accusé la Russie de «rejouer le scénario de la Crimée»: des activistes prennent le pouvoir, tiennent un référendum sur l'indépendance, les troupes russes débarquent pour les «protéger», le territoire est annexé.

Pour des raisons que j'ai déjà expliquées, l'est de l'Ukraine est évidemment bien différent de la Crimée: plus grand, moins autonome historiquement, moins russe dans sa démographie. Kiev et ses alliés occidentaux ont également eu plus de temps pour se préparer qu'ils n'en avaient eu avant les évènements en Crimée, qui ont eu lieu presque immédiatement après le renversement du gouvernement ukrainien.

En mars, l'Ukraine a mobilisé des dizaines de milliers de réservistes et a consacré 600 millions de dollars à l'achat d'armes. Cela ne veut pas dire que l'Ukraine est prête à partir en guerre contre la Russie: selon ses propres estimations, seuls 6.000 de ses 41.000 soldats au sol sont prêts au combat et plus de 70% des véhicules blindés sont obsolètes.

Malgré tout, la déclaration de Tourtchynov suggère que l'Ukraine serait prête à répondre à une invasion russe de son territoire. Cela ferait donc quoi qu'il arrive couler du sang, contrairement à ce qui s'est passé en Crimée.

Comme l'a estimé l'analyste militaire Pavel Felgenhauer il y a quelques semaines, le Kremlin n'a qu'une fenêtre d'opportunité limitée si elle veut faire cela: il faudrait agir avant que les élections du 25 mai ne donnent au nouveau gouvernement ukrainien plus de stabilité et de légitimité, et la rotation prévue des appelés de l'armée russe accélère aussi le calendrier.

Depuis le temps que le monde observe la situation, on peut imaginer que les soutiens internationaux de l'Ukraine ont planifié une réponse, ce qui n'était apparemment pas le cas avant la Crimée, quand les gouvernement occidentaux ont été pris par surprise. Il semble fort possible que Vladimir Poutine n'ait pas encore décidé de ses plans pour l'est de l'Ukraine. Mais quelle que soit sa décision, on le saura sans doute bientôt.

Joshua Keating

Traduit par G.F.

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