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Street View: les Allemands punis par Google?

Annabelle Georgen, mis à jour le 08.04.2014 à 7 h 48

Vue de Berlin sur Google Street View.

Vue de Berlin sur Google Street View.

Les Allemands qui utilisent Google Street View doivent s'attendre de plus en plus à ce que les endroits qu'ils visitent via le service de navigation virtuelle ne correspondent pas à la réalité. Cela fait désormais trois ans que les voitures du géant américain ne sillonnent plus les rues allemandes. Résultat, le service tombe peu à peu dans l'obsolescence, comme le déplore l'hebdomadaire Die Zeit:

«Les versions virtuelles des vingt villes allemandes que Google a photographiées à partir de 2008 pour son service de cartographie sont en passe de devenir des musées municipaux en ligne. Et rien ne devrait d'ailleurs changer dans les prochains temps: d'après le service de presse de Google, il n'est pas prévu d'actualiser les prises de vue des villes allemandes sur Google Street View.»

Google n'a pourtant cessé d'étendre ce service depuis sa création en 2007 –il est désormais possible de visiter virtuellement plus d'une cinquantaine de pays sur les cinq continents– tout en le réactualisant sans cesse. Répertoriées depuis plusieurs années sur Google Street View, Tokyo et Utrecht sont par exemple en train d'être reprises en photo.

Alors que le service est seulement disponible dans vingt grandes villes en Allemagne, il est par contre aujourd'hui possible de se promener dans presque la totalité des patelins français. Lors de la dernière grande mise à jour effectuée par Google au printemps 2013, certains endroits inaccessibles en voiture ont même été photographiés à l'aide d'un tricycle, comme le centre-ville de Blois ou la cathédrale d'Avignon, comme l'expliquait alors Google France sur son blog officiel.

Pour Die Zeit, cette différence de traitement serait la vengeance de Google après le mauvais accueil qu'a reçu son projet en Allemagne lors de son lancement:

«Même si personne chez Google ne veut le dire officiellement à un représentant des médias: très manifestement, on n'a plus envie de poursuivre la digitalisation du territoire sur lequel se trouvent les villes allemandes depuis que les protestations ont fusé lors du lancement du Street View allemand. […] Dans aucun autre pays du monde, une telle tempête d'indignation ne s'est abattue sur Google.»

Le respect de la vie privée et la protection des données personnelles étant des sujets qui occupent une grande place dans la société allemande, l'annonce du projet avait en effet été très critiquée par la presse et les spécialistes de la protection des données, tout comme par les responsables politiques. Google avait été alors obligé d'annoncer à l'avance ses passages dans les grandes villes sélectionnées et plus de 240.000 personnes ont exigé que leurs habitations soient floutées, soit près de 3% des foyers photographiés, comme Google le communiquait sur son Europe Blog, ce qui avait valu à l'Allemagne le surnom de «Blurmany» dans la presse.

L'an dernier, l'Allemagne a d'ailleurs condamné Google à verser une amende de 145.000 euros pour collecté illégalement des données non chiffrées transitant par les réseaux Wi-Fi, tels que des e-mails ou des mots de passe, lors du passage des Google Cars, comme le rapportait alors l'hebdomadaire Stern. La France l'a pourtant également fait en 2011 et l'Italie a condamné récemment le géant américain à verser une amende d'un million d'euros au motif que ses voitures n'étaient pas clairement reconnaissables.

Même l’algorithme de Google semble avoir un problème avec l'Allemagne. En janvier dernier, son service de cartographie Maps affichait par exemple une place Adolf-Hitler à Berlin, alors que cette appellation a été abandonnée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, comme nous le rapportions. La semaine dernière, le quotidien régional Freie Presse faisait remarquer que lorsqu'on tapait le nom de la ville de Chemnitz associé au mot allemand signifiant «centre d'accueil de demandeurs d'asile», Maps affichait l'adresse d'une antenne locale du parti d'extrême droite NPD...

Annabelle Georgen
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