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L'étrange histoire de la citation utilisée pour rendre hommage aux victimes du 11-Septembre

Grégor Brandy, mis à jour le 03.04.2014 à 17 h 06

Pour beaucoup, la phrase tirée de l'Enéide n'était pas le bon choix.

Le musée du mémorial ouvrira le 21 mai 2014. / rwhgould via Flickr CC Licence by

Le musée du mémorial ouvrira le 21 mai 2014. / rwhgould via Flickr CC Licence by

Ce devait être une inscription qui rendait hommage aux victimes des attaques du 11-Septembre.

A l’intérieur du musée du mémorial, qui est censé ouvrir le 21 mai 2014, se trouvera un reposoir contenant les 8.000 restes humains qui n’ont toujours pas été identifiés. Sur le mur de 18 mètres de long qui en séparera les visiteurs, il est écrit: «Aucun jour jamais ne vous enlèvera à la mémoire des âges», raconte David Dunlap dans le New York Times, dans un long article sur le sujet.

Une phrase qui semble appropriée au lieu. Mais en regardant d’où vient la citation, cela devient un peu troublant. Elle est tirée du Livre 9 de l’Enéide de Virgile, et David W. Dunlap explique qui se cache derrière ce «vous».

«''Vous'', c’est Nisus et Euryale. Ce ne sont pas des civils, mais des soldats troyens. Ils ne sont pas morts sans raison. Ils ne se sont pas retrouvés ensemble à ce moment-là par un cruel hasard, ils étaient un couple d’amoureux. Ils ont massacré leur ennemi dans une orgie de violence, les embrochant dans leur sommeil. C’est pour cela qu’ils ont été tués et que leurs têtes ont été mises au bout de piques.»

On est loin du profil des victimes du 11-Septembre.

En 2011, Caroline Alexander, une journaliste auteure de The War That Killed Achilles: The True Story of Homer's Iliad and the Trojan War (2009) (La Guerre qui a tué Achille: La Vraie Histoire de l’Iliade d’Homère et de la Guerre de Troie) avait déjà parlé de cette inscription.

«L’idée que ces deux jeunes hommes étaient chanceux de mourir ensemble aurait pu, peut-être, être défendue à une époque comme une commémoration des soldats qui sont tombés aux côtés de leurs compagnons d’armes. Mais l’appliquer à des civils tués dans un acte de terrorisme est cependant grotesque.»

James Zetzel, professeur de latin et de littérature classique à l’université de Columbia se dit troublé par cette phrase utilisée comme épitaphe. Cependant, il estime que «cette histoire est un exemple de sacrifice pour quelqu’un que l’on aime».

Dans l’histoire de Virgile, Nisus réalise alors qu’il s’enfuit qu’il a été séparé d’Euryale. Plutôt que d’épargner sa propre vie et de continuer, il préfère retourner sur les lieux dans l’espoir de sauver la vie d’un autre. Aucun des deux n’en échappe.

Ce qui amène David Dunlap à conclure que «ça, ça ressemble à une histoire du 11-Septembre».

Grégor Brandy
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Journaliste
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