Pourquoi les 1% les plus riches ne se sentent pas toujours riches?

Business Scum / Montecruz Foto via Flickr CC Licence By

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Vous avez déjà entendu des millionnaires vous expliquer qu'ils ne sont pas riches? 72% d'entre eux le pensent. Comme nous le rapportions sur Slate en 2013, les investisseurs qui n’ont «qu’un» malheureux million de dollars (environ 750.000 euros) ne sont que moins d’un tiers à se considérer comme riches (28%). Il faut passer à la catégorie des petits multimillionnaires, ceux disposant de 1 à 5 millions (environ 3.768.000 euros) de patrimoine financier, pour trouver une majorité s’estimant «riches», mais là encore ils ne sont que 60%.

Il y a là quelque chose d'assez étonnant, agaçant, frustrant. Surtout quand on sait qu'en France, en termes de revenus, c’est à partir de 88.000 euros de revenus déclarés annuels qu’une personne se situe parmi les 1% les plus riches. Pourtant les 1% les plus riches qui ne se sentent pas riches ont une bonne raison, selon The Atlantic.

A Wall Street par exemple, ils se plaignent de devoir vivre avec 350.000 dollars alors qu'ils ont des impôts, un crédit pour la maison, une nourrice à payer, les voyages, et l'éducation, hors de prix, des enfants. Ils se plaignent, alors que les 1% les plus riches sont de plus en plus riches, et de plus en plus loin des 99% du reste de la population.

«Mais ce n'est pas parce que les riches gagnent plus d'argent qu'ils ont plus de fortune», remarque The Atlantic. Et cite une recherche de Saez and Zucman montrant que le bas des 1% les plus riches ont en fait vu leur fortune diminuer lors de cette dernière décennie. Les 0,1% les plus riches, et même surtout les 0,01% les plus riches, sont les seuls à avoir vraiment augmenté leur fortune (multipliée par 4 pour les 0,001%).

La différence entre le salaire et la fortune est «combien d'argent vous rentrez sur votre compte en banque chaque année, alors que la fortune, c'est combien vous avez déjà dessus, de même que les stocks, obligations, et biens immobiliers (moins les dettes)».

L'article note aussi que pour les 0,5% les plus riches, les revenus sont plus fluctuants que pour le reste de la population: il varie avec le marché boursier. Surtout, que la richesse des moins riches des plus riches va de pair avec une angoisse: «La terreur de voir leurs enfants ne pas atteindre leur niveau de vie.» Ce qui les conduit à dépenser des fortunes dans l'éducation, les tuteurs, des activités censément enrichissantes. Ce qui est particulièrement vrai aux Etats-Unis, où l'éducation est un luxe. Mais s'applique néanmoins en Europe, dans une autre mesure: il faut dépenser pour maintenir son niveau de vie. Du coup, «plus les 1% sont riches, plus le risque de décrocher est grand. Et c'est pourquoi le “bas du 1%” ne s'enrichit pas particulièrement. Ils gagnent davantage, mais dépensent plus pour leurs enfants». 

Le problème se posait déjà dans les années 1980. Dans Le Bûcher des Vanités, de Tom Wolfe, le personnage Sherman McCoy, riche financier de Wall Street, s'inquiétait du montant de ses dépenses s'il lui arrivait quelque chose, énumérant: l'emprunt et les charges pour l'appartement, la maison de vacances dans les Hamptons, les réceptions et les soirées au restaurant, le budget meubles et vêtements, les taxes supplémentaires, les traites des assurances, la location des parkings pour les deux voitures, l'alimentation, le club sportif... «Je suis déjà presque fauché avec 1 million de dollars par an!», déduisait-il.

 

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