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Première Guerre mondiale: comment la «Grosse Bertha» fit croire aux Allemands à la victoire

Annabelle Georgen, mis à jour le 03.08.2014 à 17 h 09

Big Bertha howitzer in action, via Wikimédia Commons.

Big Bertha howitzer in action, via Wikimédia Commons.

Ils y croyaient dur comme fer. Avec la «Dicke Bertha», la Grosse Bertha, les Allemands pensaient avoir trouvé l'arme miracle, rappelle le quotidien Die Welt, qui consacre un article à l'histoire méconnue de ce célèbre canon de la Première Guerre mondiale:

«Ce mortier géant était porteur d'espoir pour les militaires allemands et les chauvins. […] Les Français avaient tiré les leçons de leur défaite contre les Allemands en 1870/71, quand les murs de leurs installations de défense s'étaient avérés trop faibles. Ils muraient désormais deux fois plus fort, se retranchaient derrière du béton armé. En réponse, les Allemands développaient de gros calibres.»

Ce canon fabriqué par la compagnie industrielle Krupp fut rapidement surnommé la «Dicke Bertha», sans que l'on sache si ce petit nom faisait vraiment référence à Bertha Krupp, l'héritière de l'entreprise. Qu'importe, ce sobriquet «devint un synonyme de force d'impact, de force par la masse», estime Die Welt. C'est d'ailleurs le nom donné à un hebdo satirique français antimilitariste fondé en 1991 en réaction à la guerre du Golfe, dont la brève existence aboutira à la reformation de Charlie Hebdo.

Avec ses obus d'un calibre de 420 mm, la Grosse Bertha avait pour mission de détruire les forts et les bunkers ennemis. Les premiers tests ne furent pourtant pas concluants. Au lieu de frapper à 500 mètres au sud, le canon frappa 500 mètres au nord!

Lors du deuxième, le percuteur fut tordu par la secousse. Ce n'est qu'au troisième essai que la pièce d'artillerie finit par atteindre sa cible, mais à ce moment-là, «tous les grands messieurs qui voulaient assister au premier tir […] avaient déjà pris le prochain train pour Berlin», raconta Erich Steinert, le commandant en charge des essais.

Au départ, le canon était conçu pour rouler sur des rails de chemin de fer, mais fut jugé trop difficile à manier. L'armée allemande commanda un nouveau modèle plus léger, qui puisse être déplacé dans les rues grâce à des chenilles.

Les Parisiens gardent un souvenir terrifié de la Grosse Bertha, alors qu'elle n'a pourtant jamais bombardé Paris. Contrairement à ce qu'écrit Le Figaro, ce n'est pas avec cette pièce d'artillerie que les Allemands, en 1918, sont parvenus «à envoyer 320 projectiles sur la capitale et sa banlieue, provoquant la mort de 256 personnes et en blessant 625». La Grosse Bertha n'avait qu'une portée de quelques kilomètres, tandis que les canons à longue portée, tels le «Lange Max» et le «Kaiser-Wilhelm-Rohr», pouvaient tirer à plus de 120 km.

Mais sa réputation de machine de guerre infernale est restée injustement associée aux bombardements de Paris dans la mémoire collective des Français.

La Grosse Bertha ne tint pas ses promesses durant la guerre. Non seulement elle ne permit pas de faire sauter le béton armé, nouveau à l'époque, utilisé dans les forts modernes en France et Belgique, mais elle se révéla peu adaptée durant les combats: il fallait compter dix minutes pour la recharger.

À la fin de la guerre, tous les exemplaires du canon géant furent saisis et détruits par les Alliés. D'après Die Welt, seul un modèle réduit de la Grosse Bertha est encore visible au Musée de l'Armée, à Paris.

Article actualisé le 22 mars 2014 à 13h: contrairement à ce qu'affirmait l'article du Figaro que nous citions, ce n'est pas la Grosse Bertha qui a bombardé Paris en 1918.

Annabelle Georgen
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