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Les «évadés» de la Shoah: parution d'un livre en Allemagne sur ceux qui ont fui les trains de la mort

Temps de lecture : 2 min

L'arrivée de déportés à Auschwitz, en mai 1944. Via Wikimédia Commons.
L'arrivée de déportés à Auschwitz, en mai 1944. Via Wikimédia Commons.

Simon Gronowski n'a jamais connu Auschwitz. Une nuit de mars 1943, il a sauté du wagon dans lequel il avait été entassé avec sa mère, sa sœur et des dizaines d'autres Juifs belges avant que le train plein à craquer n'arrive à destination du camp de concentration.

C'est son histoire et celle des centaines de déportés qui sont parvenus à s'enfuir des trains de la mort que raconte Der Spiegel sur son site einestages.

Simon Gronowski avait onze ans quand il a sauté, avec d'autres déportés, du train lancé à pleine vitesse. Sa mère et sa sœur n'ont pas eu le temps de sauter:

«Le train s'est arrêté, les gardes vociféraient et tiraient dans notre direction. Ma mère ne pouvait plus sauter. Ma première pensée a été de courir vers elle. Mais alors, dans un réflexe inconscient, je me suis faufilé vers la gauche et j'ai couru aussi vite que je pouvais. J'ai marché et marché toute la nuit dans les bois.»

Il a eu la chance d'être recueilli par un policier belge qui l'a ensuite mis dans un train à destination de Bruxelles afin qu'il puisse rentrer chez son père. Aujourd'hui âgé de 82 ans, cet avocat bruxellois préside l'Union des déportés juifs en Belgique.

Son témoignage figure dans une étude de l'historienne Tanja von Fransecky à paraître le 24 mars en allemand, la première qui documente les évasions des trains de la mort. C'est par hasard qu'elle a rencontré un de ces survivants de l'Holocauste en 2006 et qu'elle a écouté son histoire avec un grand étonnement:

«La fuite a plongé beaucoup d'entre eux dans un dilemme moral, quand ils avaient laissé des proches derrière eux. Cela doit être une raison pour laquelle beaucoup de survivants ont gardé le silence pendant des décennies après la guerre.»

Simon Gronowski lui-même s'est tu pendant près de soixante ans, écrit Der Spiegel:

«Sa mère et sa sœur ont été tuées à Auschwitz, son père en fut brisé et mourut peu après la guerre. Gronowski voulait aller de l'avant, devint avocat, se mit à jouer du piano, se passionna pour le jazz et ne parla pratiquement pas de la guerre.»

Ces nombreuses évasions poussèrent rapidement les nazis à utiliser des wagons à bestiaux ou à marchandises plutôt que des trains de voyageurs à larges fenêtres. Ces trains furent placés sous la surveillance de la police et de la SS. Lors de chaque arrêt en gare, les wagons étaient minutieusement inspectés de l'extérieur pour prévenir toute tentative de dégradation. En cas d'évasion, les gardes avaient pour ordre de tirer immédiatement.

À l'intérieur des trains de la mort, les déportés étaient souvent en proie au doute vis-à-vis de ceux qui voulaient fuir, explique Der Spiegel:

«Il n'était pas rare qu'ils soient empêchés [de fuir] par d'autres Juifs, qui jugeaient la fuite comme un acte irresponsable. Qu'allait-on faire des vieux et des malades, qui ne pouvaient pas sauter? Les Allemands n'avaient-il pas menacé de fusiller tout le monde si jamais à l'arrivée une personne venait à manquer? N'était-ce pas mieux d'accomplir du travail forcé plutôt que de risquer sa vie?»

La semaine dernière, Simon Gronowski a réalisé un vieux rêve: il a joué du piano avec Woody Allen et son groupe de jazz. Ce dernier l'a invité à New York après avoir lu son témoignage et son souhait de le rencontrer dans un article consacré aux survivants de l'Holocauste paru dans le Wall Street Journal.

Annabelle Georgen Journaliste

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