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«Barnstormers»: quand les as américains de la guerre aérienne dansaient sur les ailes de leur avion

Annabelle Georgen, mis à jour le 14.03.2014 à 17 h 25

Le pilote «Jersey» Ringel sur les ailes de son appareil, le 7 juillet 1921. Underwood & Underwood via Wikimedia Commons.

Le pilote «Jersey» Ringel sur les ailes de son appareil, le 7 juillet 1921. Underwood & Underwood via Wikimedia Commons.

C'est une mode oubliée que Der Spiegel fait revivre sur son site dédié à l'histoire einestages. Celle des spectacles aériens époustouflants auxquels se livraient des pilotes américains sur de frêles avions biplans dans les années 1920. On appelait ces artistes d'un genre nouveau les «Barnstormers», les acrobates ambulants.

Comme on peut le découvrir sur la vingtaine de photos qui accompagnent l'article, ces acrobates travaillant sans filet sautaient en plein vol d'avion en avion, s'offraient des parties de tennis ou dansaient dans les airs, campés sur les ailes supérieures de leurs machines. Comme l'écrit l'hebdomadaire allemand, ces artistes intrépides étaient des pilotes de guerre qui s'étaient reconvertis pour assurer leur subsistance à la fin de la Première Guerre mondiale:

«Quand la guerre s'acheva, de nombreux pilotes se retrouvèrent directement au chômage. Ce qui était bien pour eux, c'est qu'une multitude d'avions qui n'étaient plus utilisés inondaient le marché. Certains biplans tout neufs coûtaient alors seulement la moitité d'une Ford T, la voiture la moins chère de son temps. C'est ainsi que des troupes foraines volantes virent rapidement le jour.»

La plupart de ces pilotes effectuaient leurs spectacles à bord d'avions «Jenny», un biplan Curtis JN-4 plus lent que la normale, qui avait été spécialement conçu pour limiter le nombre d'accidents chez les apprentis pilotes. Car pendant la Première Guerre mondiale, les pilotes étaient plus nombreux à mourir durant leur formation que sur le champ de bataille, notamment lors des atterrissages.

Ces cascades aériennes ravissaient les habitants des villages survolés par les troupes de «Barnstormers». Pour certains, c'était tout simplement la première fois qu'ils voyaient un avion.

Si la plupart de ces acrobates étaient des hommes, quelques femmes ont tout de même rejoint l'aventure, à l'instar de la pilote française Andrée Peyre, Parisienne émigrée aux États-Unis, qui expliquait, dans une interview donnée à la revue de cinéma française Cinémagazine en 1922:

«Mes quatre frères étaient aviateurs, trois sont morts à la guerre. J'allais souvent les voir s'entraîner au champ d'aviation et petit à petit m'est venue ainsi l'idée d'être pilote... J'appris. […] J'obtins du reste mon brevet de pilote en 1918. D'aviatrice à acrobate sur avion, il n'y avait qu'un pas... Mon "coucou" m'était devenu tellement familier que je n'hésitai pas un instant à tenter mes premiers essais.»

Nombreux sont les «Barnstormers» qui ont perdu la vie durant leurs spectacles, devenus au fil des ans de plus en plus dangereux, le public en redemandant, explique Der Spiegel:

«Les sauts de machine à machine, les bonds entre avion et voiture devinrent rapidement des composantes standards des shows. Quand le fait de se tenir debout sur les ailes n'avait lui-même presque plus rien de sensationnel, l'avion entier devint une piste de gymnastique. Les artistes étaient parfois suspendus à des cordes et se laissaient traîner derrière l'avion. Certains furent tués lors de leurs numéros d'escalade aérienne parce qu'ils étaient projetés dans l'hélice de leurs machines.»

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (343 articles)
Journaliste
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