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Réchauffement climatique: le littoral de la Louisiane disparaît si vite que les cartes ne peuvent pas suivre

Andréa Fradin, mis à jour le 05.03.2014 à 11 h 50

"Bayou Piquant Wetlands, St. Charles Parish, Louisiana" par Ken Lund / FlickR licence cc by sa

"Bayou Piquant Wetlands, St. Charles Parish, Louisiana" par Ken Lund / FlickR licence cc by sa

Le changement climatique n'est pas simplement une projection futuriste: il imprime désormais les territoires et les différents modes de vie à travers la planète.

Le site The Atlantic rapporte par exemple qu'il devient de plus en plus difficile de cartographier la Louisiane, son bayou et ses marécages, qui ne cessent de disparaître et d'évoluer à vitesse grand V.

Le sud de cet Etat américain qui borde le Golfe du Mexique et qui est draîné par le Mississippi, est en effet constellé de zones entre terre et eau. Or, «aujourd'hui, les îles, les criques et les baies qui définissaient dans le passé la côte de Paroisse Plaquemine [presqu'île à l'est de la Louisiane] ont commencé à fusionner», écrit The Atlantic. Et à un rythme infernal, à en croire le directeur local du Projet de restauration du Delta du Mississippi mené par la National Wildlife Federation, David Muth, interrogé par le site américain:

«Chaque année, cette partie de la côte perd plus de 41 kilomètres carrés de terre.»

Une perte particulièrement visible entre 1990 et aujourd'hui, comme le montre parfaitement les cartes suivantes, (à gauche en 1990, à droite de nos jours) extraites des analyses de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) et publiée par The Atlantic:


Et encore, pas sûr que la carte censée refleter ci-dessus la situation actuelle illustre fidèlement l'érosion de la Louisiane. Tout simplement parce que le phénomène est bien trop rapide, comme le souligne encore David Muth:

«Parfois vous naviguez [en Louisiane], l'eau va avoir près d'un mètre de profondeur, et le GPS vous indique que vous êtes sur la terre. Les cartes officielles tentent de suivre la situation, mais la disparition des terres est tellement rapide dans certaines parties de la côte que personne ne peut suivre. Il y a certains bouts de territoires là-bas qui reculent de 6, 9, 12 mètres par an.»

Un bouleversement qui risque aussi fort d'affecter notre patrimoine culturel, alertent certains chercheurs dans une étude relayée par le Guardian:

«[...] La Statue de la Liberté, la tour de Londres et l'Opéra de Sydney seront perdus en raison de la hausse du niveau de la mer causée par le changement climatique.»

Publié début février dans le journal Environmental Research Letters, ce rapport explique que «si le niveau de température moyenne actuel se maintient pendant les deux prochains millénaires, près de 6% (40 sites) de l'Unesco seront touchés». Un chiffre qui grimpe à 19%, soit 1 site sur 5 susceptible d'être affecté (pour un total de 136), en cas de réchauffement de la température moyenne, préviennent les scientifiques.

Venise, la tour de Pise, Naples mais aussi Saint-Pétersbourg ou Bruges risquent également de subir de plein fouet les conséquences du réchauffement, poursuivent-ils. Un impact d'autant plus amplifié que l'étude ne prend pas en compte les effets des tempêtes qui accompagneront cette évolution du climat, comme le reconnaissent eux-mêmes les chercheurs, qui ont volontairement cherché à adopter un point de vue culturel dans leur analyse.

A les en croire, cela rajoute une «dimension supplémentaire» au débat sur le climat. Mais le chef du projet, interrogé par le Guardian, n'attend pas pour autant de cette approche qu'elle «change les sceptiques».

Andréa Fradin
Andréa Fradin (204 articles)
Journaliste
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