C'est dans l'actuMonde

Ukraine: et si on arrêtait de comparer Poutine à un joueur d'échecs?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 04.03.2014 à 17 h 38

Chess Old Style/Alan Levine via Flickr license CC BY SA 2.0

Chess Old Style/Alan Levine via Flickr license CC BY SA 2.0

Comme tous les autres secteurs d'activités, celui de l'analyse en relations internationales a ses analogies éculées que l'on ressort mécaniquement à la moindre occasion et qui finissent par perdre tout leur sens.

Ces derniers jours, l'une d'entre elles a littéralement envahi les médias occidentaux pour décrire la stratégie du président russe Vladimir Poutine: celle du joueur d'échecs. Aux Etats-Unis, c'est le président républicain de la commission du renseignement Mike Rogers qui a lancé les hostilités en estimant que «Poutine jouait aux échecs quand nous jouions aux billes». La remarque a entraîné une série d'articles dans la presse américaine pour savoir si la comparaison était fondée.

«Non, Vladimir Poutine n'est pas un joueur d'échecs géopolitiques fourbe», a ainsi réagi un journaliste du magazine Mother Jones qui explique que les actions du président russe en Crimée étaient «une tentative de la dernière chance pour éviter un mat du sot, et non un coup de Strategery géopolitique longuement étudié».

Dans le Huffington Post britannique, l'écrivain Jon Wight a lui aussi utilisé l'analogie, estimant que Poutine «joue aux échecs pendant que ses homologues de Washington, de Londres et du reste de l'Union européenne jouent aux dames».

En France, l'ancienne correspondante du Figaro à Moscou écrit que le président russe «fonctionne comme un joueur d'échecs», tandis que le général Vincent Desportes, «professeur de stratégie à Science-Po et HEC», explique à La Dépêche que «nous sommes en face d’un Poutine qui est à la fois un très grand stratège et un très grand joueur d’échecs».

Pas de chance pour ces «experts» des relations internationales, l'un des hommes les mieux qualifiés sur le sujet n'est pas convaincu par la pertinence de l'analogie.

Gary Kasparov, ancien champion du monde soviétique et désormais opposant du président russe, a souligné les limites de l'expression en estimant que la situation n'était pas un «échiquier de la Guerre froide»:

«Aux échecs, nous avons des règles, et Poutine n'a clairement rien à faire des règles.»

Cette intervention mettra-t-elle fin à l'épidémie d'analogies autour du joueur d'échecs? Rien n'est moins sûr. Et même si c'était le cas, il restera toujours aux commentateurs de l'actualité ukrainienne la métaphore de la partie de poker...

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte