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Crimée: quelle est la stratégie de Poutine?

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 04.03.2014 à 15 h 04

Vladimir Poutine lors d'une conférence de presse le 4 mars 2014. REUTERS/Alexei Nikolskiy/RIA Novosti/Kremlin

Vladimir Poutine lors d'une conférence de presse le 4 mars 2014. REUTERS/Alexei Nikolskiy/RIA Novosti/Kremlin

Non, «Poutine ne s’arrêtera pas aux frontières de la Crimée», écrit Josh Cohen, ancien du département d’Etat américain, sur le site du Moscow Times. Les villes de Donetsk et de Karkhov, à l’est de l’Ukraine, sont ses prochaines étapes.

«Alors que de nombreux analystes occidentaux –et même des agences de renseignement américaines– ont prédit que Poutine ne bougerait pas en Ukraine, ils n’ont manifestement pas compris la vision du monde de Poutine. La Russie voit l’Ukraine de la même manière que la Chine voit Taïwan: comme un enjeu existentiel au sujet duquel les lignes ne doivent pas bouger.»

«Pour la Russie, l’Ukraine est le lieu de naissance de la civilisation russe et un proche frère slave. L’idée de l’Ukraine étant un Etat indépendant aligné sur l’Occident est un anathème pour Poutine.»

Tant que l'Ukraine est dans son camp, la Russie reste un empire et non un «pays comme un autre». Et c'est pour cette raison que «la Russie s'assurera toujours que l'Ukraine est fermement attachée à son orbite».

Autre analyse, celle de Frédéric Charillon, professeur de science politique, sur le site spécialisé dans les relations internationales Global Brief, pour qui la crise ukrainienne «confirme […] la fin d’une illusion européenne selon laquelle les conflits “à l’ancienne” (invasion d’un Etat par un autre) seraient définitivement à exclure dans le voisinage stratégique de l’UE».

Pour le chercheur, une des questions cruciales est de savoir si cette crise est «le symptôme typique d’une pratique de Realpolitik illustrant une stratégie parfaitement maîtrisée de joueur d’échec (de la part de Vladimir Poutine), ou à l’inverse, d’une perte de contrôle liée à une dérive autoritaire?»

Autrement dit:

«Le pari de Crimée relève-t-il d’un savant calcul, ou de la perte de sang-froid d’un mauvais perdant, qui pourrait d’ailleurs dégénérer encore?»

Enfin selon Marina Koren, du National Journal, penser que des pressions et des sanctions diplomatiques et économiques feront plier Poutine est une erreur.

A Sébastopol, où se situe le quartier général de la flotte russe de la mer Noire, les Russes ne lâcheront pas le terrain, «et les sanctions ne changeront rien […] Une intervention en Ukraine est sans nul doute risquée, mais ça l’est aussi de perdre la base, et par extension le statut de puissance de Moscou. Pour Poutine, les conséquences d’une perte de la base surpassent de loin les effets des sanctions et des affronts politiques».

D’autant qu’à cause de sa dépendance énergétique au gaz russe, l’Europe ne pourra pas prendre de sanctions économiques trop drastiques, de peur de voir la Russie lui couper le robinet. Ni des punitions symboliques, ni des coups de fil de la Maison blanche n’auront d’effet sour le pouvoir russe, poursuit la journaliste. Seuls les citoyens russes ordinaires en feront les frais.

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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