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L'Ukraine aurait-elle dû garder l'arme nucléaire?

Temps de lecture : 2 min

Le missile balistique nucléaire sol-sol de moyenne portée soviétique RSD-10 Pioneer. Photo prise dans le musée des forces aériennes ukrainiennes, à Vinnitsa/George Chernilevsky . Domaine public.
Le missile balistique nucléaire sol-sol de moyenne portée soviétique RSD-10 Pioneer. Photo prise dans le musée des forces aériennes ukrainiennes, à Vinnitsa/George Chernilevsky . Domaine public.

La situation d'extrême tension en Ukraine et en Crimée a remis sur le devant de la scène une question centrale des études militaires et de relations internationales depuis la Seconde Guerre mondiale: celle de la dissuasion nucléaire. En 1991, au moment de la chute de l'Union soviétique, l'Ukraine avait sur son territoire le troisième plus important stock d'armes nucléaires stratégiques au monde, devant la Grande-Bretagne, la France ou encore la Chine.

Après plusieurs années de négociations, et alors que ses dirigeants étaient divisés sur la question, le pays a finalement signé en décembre 1994 à Budapest un accord avec la Russie, les Etats-Unis et le Royaume-Uni prévoyant que «les trois pays se portent garants de l'intégrité territoriale de l'ex-république soviétique, en échange du renoncement de celle-ci à l'arme nucléaire», signant au passage le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), rappelle l'AFP. En 1996, les dernières armes nucléaires ukrainiennes quittaient le territoire en direction de la Russie pour y être démantelées.

Dans un article de 2003, Robert Stephen Mathers, un chercheur d'Harvard, présentait l'Ukraine comme un modèle de dénucléarisation pacifique obtenue par les Etats-Unis:

«Qui peut nier que la dénucléarisation de l'Ukraine est une success-story en termes de non-prolifération et de stabilité mondiale. Sans tirer le moindre coup de feu, les Etats-unis et leurs alliés ont réussi à éliminer un arsenal redoutable qui était autrefois dirigé contre eux.»

Avec le récent coup de force russe en Crimée, qui peut légitimement être vu comme une violation de l'accord de 1994, cette success-story est gravement remise en cause. Pire, c'est toute l'argumentation en faveur de la non-prolifération des armes nucléaires qui pourrait en pâtir, comme le souligne The New Republic:

«Le déploiement de l'armée russe en Crimée devrait raviver les doutes dans tous les Etats voulant acquérir l'arme nucléaire ou l'ayant déjà sur la valeur des garanties extérieures et donc renforcer l'argument en faveur de la possession de l'arme nucléaire. [...] Isoler la Russie pour ses actions en Ukraine est essentiel non seulement pour la paix et la sécurité européennes et le maintien du droit international, mais pour le futur de la non-prolifération nucléaire.»

Au vu des récents développements, les arguments de ceux qui encourageaient à l'époque l'Ukraine à maintenir une force de dissuasion nucléaire résonnent effectivement un peu plus fort. John J. Mearsheimer, professeur de science politique à l'université de Chicago, écrivait ainsi en1993:

«Dès sa déclaration d'indépendance, l'Ukraine aurait dû être discrètement encouragée à façonner sa propre dissuasion nucléaire. [...] Une Ukraine nucléaire [...] est impérative pour maintenir la paix entre la Russie et l'Ukraine. Cela signifie s'assurer que les Russes, qui ont un passé de mauvaises relations avec l'Ukraine, n'essayent pas de la reconquérir. L'Ukraine ne peut pas se défendre avec des armes conventionnelles contre une Russie équipée de l'arme nucléaire et aucun Etat, y compris les Etats-Unis, ne va lui fournir de garanties de sécurité significatives.»

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