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Crimée: pourquoi la Russie n'a plus peur de l'Europe

Temps de lecture : 2 min

Un manifestant porte un autocollant avec le mot «obéissez!» lors d'une manifestation de l'opposition à Moscou le 26 février 2012, REUTERS/Denis Sinyakov
Un manifestant porte un autocollant avec le mot «obéissez!» lors d'une manifestation de l'opposition à Moscou le 26 février 2012, REUTERS/Denis Sinyakov

La Russie vient de «s'emparer de la Crimée»: c'est ainsi que Le Monde décrit dans son éditorial de ce lundi 3 mars la situation dans cette région autonome d'Ukraine où des milliers de soldats sans insigne ont pris le contrôle des points stratégiques. Parmi les nombreuses analyses publiées dans les médias occidentaux, celle de Ben Judah pour le site Politico est particulièrement intéressante.

Selon lui, l'explication principale de ce coup de force russe est simple: la Russie n'a plus peur des Européens parce qu'elle sait que ceux-ci sont trop occupés à accueillir l'argent sale russe.

Il écrit:

«Ceux qui dirigent la Russie achètent l'Europe depuis des années. Ils ont des villas et des appartements de luxe dans le West End de Londres ou sur la Côte d'Azur. [...] Leur argent est mis de côté dans les banques autrichiennes et les paradis fiscaux britanniques. [...] En une seule vague d'enquêtes sur le blanchiment d'argent et d'interdictions de visa, l'UE pourrait les priver de leur richesse. Mais ils ont regardé encore et encore les gouvernement européens rechigner à faire passer une loi similaire au Magnitski Act américain, qui interdit à une poignée de dirigeants-criminels l'entrée sur le territoire américain.»

Pour rappel, le Magnitsky Act a été voté aux Etats-Unis fin 2012 pour punir les officiels russes soupçonnés d'être impliqués dans le décès de Sergueï Magnitski, un avocat qui avait dénoncé une escroquerie de 230 millions de dollars (175 millions d’euros) aux dépens du fonds d’investissement de Bill Browder, un businessman américain faisant depuis campagne pour que justice soit faite. Le vote de la loi avait entraîné une dégradation des relations entre les Etats-Unis et la Russie.

Bill Browder nous expliquait lors d'un entretien l'année dernière:

«Dans le passé, les outils habituels d’un activiste des droits de l’homme étaient d’obtenir de la part de gouvernements réticents des déclarations peu enthousiastes condamnant diverses actions, ce qui n’avait aucun effet sur personne. Aujourd’hui, nous parlons d’obtenir de la part de gouvernements réticents d’interdire des visas et de geler les actifs, ce qui a des conséquences profondes pour tout le monde. […] Ces personnes vivent dans un monde où ils commettent leurs atrocités en Russie et profitent des fruits financiers de ces atrocités en France, en Italie, au Royaume-Uni ou en Suisse. Si on les en empêche, ils devront repenser leurs choix de vie entièrement.»

Depuis le vote de la loi américaine, Bill Browder se démène pour essayer de faire passer une loi Magnitski en Europe et multiplie les rencontres avec des parlementaires en France et un peu partout sur le continent... en vain pour le moment.

Grégoire Fleurot Journaliste

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