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La Crimée va-t-elle rejoindre le club des pseudos-Etats de l'ancienne Union soviétique?

Joshua Keating, mis à jour le 03.03.2014 à 16 h 57

L'Ukraine et la Crimée (en rouge), Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported

L'Ukraine et la Crimée (en rouge), Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported

Le nouveau Premier ministre de la Crimée, Serguei Aksenov, a avancé la date d'un référendum sur le futur de la péninsule au 30 mars. Les électeurs devront répondre «oui» ou «non» à la proposition suivante:

«La Crimée a une souveraineté d'Etat et fait partie de l'Ukraine, en accord avec les traités et les accords.»

Il semble très improbable que Kiev reconnaisse le référendum, mais avec les troupes russes qui occupent le territoire, il n'y a pas grand-chose qu'elle puisse faire. La Crimée semble donc destinée à rejoindre les rangs des «conflits gelés» des anciennes républiques soviétiques. Voici un rapide tour d'horizon des quatre autres:

Transnistrie

Carte de la Transnistrie/Serhio, Creative Commons Attribution 3.0 Unported

Aussi appelée Pridniestrovie, la région traditionnellement de langue russe a été rattachée par Moscou à la Bessarabie, qui appartenait anciennement à la Roumanie, pour créer la République socialiste soviétique moldave après la Seconde Guerre mondiale.

Au moment de la chute de l'Union soviétique et dans un contexte de montée du nationalisme moldave, la Transnistrie a déclaré son indépendance en 1990. Après une guerre courte et sanglante, un cessez-le-feu a été déclaré en 1992. La région est devenue de facto indépendante avec le soutien d'une présence militaire russe, mais n'est reconnue ni par la Moldavie, ni par la plupart des pays.

Depuis, l'enthousiasme des Transnistriens à l'idée de rejoindre la Moldavie, le pays le plus pauvre d'Europe, n'a pas progressé. Lors d'un référendum en 2006, 90% des électeurs ont voté pour l'indépendance. Il y a eu depuis des progrès diplomatiques discrets et une augmentation du commerce entre les deux parties, mais une solution permanente n'est pas pour demain.

Haut-Karabagh

Carte de l'Azerbaïdjan avec le Haut-Karabakh/Bourrichon, Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported

Le Haut-Karabagh (ou Haut-Karabakh) est une enclave à majorité arménienne dans le territoire du pays voisin d'Azerbaïdjan. Les deux pays se battent autour de la région depuis le XIXe siècle. Elle a été transférée à l'Azerbaïdjan soviétique par Joseph Staline en 1923 et y est restée pendant toute la période soviétique.

En 1988, la région a déclaré son indépendance et a demandé la réunification avec l'Arménie soviétique. Après la chute de l'Union soviétique, une guerre sanglante a éclaté entre les deux pays, faisant au moins 30.000 morts.

Un cessez-le-feu négocié par la Russie a été signé en 1994, mais le statut de la région est resté non résolu, et les échanges le long de la frontière sont fréquents. Un effort de médiation initié par l'OSCE dans les années 1990 n'a pas fait progresser la situation.   

L'Abkhazie et l'Ossétie du Sud

Ossetian War/Shliahov, Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported

A seulement cinq kilomètre de Sotchi, l'Abkhazie a déclaré son indépendance de la Géorgie en 1999. Indépendante du VIIIe au XIe siècle, la région a fait partie de la Géorgie jusqu'à ce que la Russie annexe les deux au XIXe siècle. Staline l'a incorporée à la Géorgie en 1931.

L'Ossétie a aussi été absorbée par la Russie au XIXe siècle. Moscou a divisé le territoire en deux dans les années 1920, intégrant l'Ossétie du nord à la Russie et faisant de l'Ossétie du sud une région autonome de la Géorgie.

Après la dislocation de l'Union soviétique, les deux territoires se sont retrouvés dans la Géorgie sous la présidence du nationaliste géorgien Zviad Gamsakhourdia. L'Ossétie a fait sécession en 1990, entraînant une invasion des forces géorgiennes, une guerre civile et des dizaines de milliers de victimes et de réfugiés. Un cessez-le feu a été déclaré en 1992.

La Géorgie a envoyé des troupes pour réprimer un mouvement séparatiste similaire en Abkhazie en 1992, entraînant une autre guerre sanglante d'une année contre les troupes abkhazes soutenues par la Russie.

Le statu quo, entretenu par les troupes russes, a tenu pendant des années dans les deux régions, bien que la Géorgie ait accusé le gouvernement abkhaze de nettoyage ethnique contre les Géorgiens de la région et accusé Moscou d'exacerber les tensions en accordant aux résidents de la région des passeports russes.

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En 2008, après une série d'escarmouches entre les force géorgiennes et celles d'Ossétie du sud, la Géorgie a envoyé des troupes pour reprendre le contrôle, entraînant des incursions russes dans les deux territoires ainsi qu'en Géorgie même. La guerre a eu pour conséquence de mettre les deux territoires définitivement hors de contrôle des Géorgiens.

Peu après la guerre, la Russie a reconnu l'indépendance des deux territoires, comparant la situation à la reconnaissance du Kosovo par l'Occident. Aujourd'hui, ils sont reconnus comme indépendants par un groupe improbable composé de la Russie, du Venezuela, du Nicaragua, de Vanuatu, de Nauru et de Tuvalu.

Les actions russes en Crimée de ces derniers jours ont été qualifiées d'«entièrement analogues à l'Abkhazie» par le président par intérim ukrainien.

***

Comme vous pouvez le voir, tous ces conflits trouvent leur origine dans la redéfinition musclée des frontières nationales par Staline ainsi que dans les violences post-chute de l'Union soviétique des années 1990. La Crimée, en supposant qu'elle rejoigne ce club, resterait un cas à part: elle a été rattachée à l'Ukraine sous Khrouchtchev et était relativement pacifique jusqu'à aujourd'hui.

Joshua Keating

Traduit par Grégoire Fleurot

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