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Que peut faire et que vaut l'armée ukrainienne?

Slate.fr, mis à jour le 02.03.2014 à 14 h 50

Une colonne de véhicules de l'armée russe en Crimée REUTERS

Une colonne de véhicules de l'armée russe en Crimée REUTERS

L'Ukraine a annoncé dimanche 2 mars la mobilisation de ses réservistes pour assurer la sécurité et l'intégrité de son territoire. Kiev dénonce une «agression armée russe». L’armée ukrainienne compte en théorie environ 130 000 hommes et un million de réservistes pour un pays de 45 millions d’habitants.

Les dirigeants issus de la révolution et nommés après le renversement du Président Viktor Ianoukovitch tentent de montrer qu'une invasion russe à grande échelle serait une aventure dangereuse pour Vladimir Poutine et de mobiliser la communauté internationale. Arseni Iatseniouk, le Premier ministre ukrainien a ainsi déclaré, toujours dimanche 2 mars,: «nous sommes au bord du désastre». Il a ajouté que la Russie à «déclaré la guerre» à l'Ukraine.

Andrei Parubiy, le chef du Conseil national de sécurité et de défense ukrainien, a indiqué que les forces armées sont placées en état d’alerte et «prêtes au combat», que les réserves sont mobilisées et seront entraînées, que des centres de commandement d’urgence vont être installés et la sécurité renforcée dans les sites névralgiques comme les centrales nucléaires du pays. Mais le gouvernement ukrainien doit encore trouver les moyens financiers pour rendre son armée opérationnelle.

Un nouveau chef d'état-major

Pendant ce temps en Crimée, des militaires russes ont saisi les armes dans plusieurs bases ukrainiennes et pressent le personnel de prendre le parti des dirigeants «légitimes» de la République autonome, rapporte dimanche l'agence Interfax. Selon Yegor Pyvovarov, le porte-parole de la délégation ukrainienne à l’ONU, 15 000 soldats russes seraient sur le terrain en Crimée ou selon des médias ukrainiens, la situation serait tendue et plus particulièrement à Sébastopol qui abrite la base de la flotte russe de mer noire. Un certain nombre d’unités ukrainiennes refuseraient de se rendre aux troupes russes.

Mais la capacité et même la loyauté de l’armée ukrainienne au nouveau gouvernement sont sujettes à caution. Le New York Times explique qu’en Crimée l’armée ukrainienne dispose seulement d’une brigade légère de 3 500 hommes, d’un embryon de flotte intégré de fait à la flotte russe, d’une seule base aérienne et pas d’équipements lourds et notamment de chars de combat.

L'armée ukrainienne semble aussi désorganisée. Son chef d’Etat-major, le général Mykhailo Kutsyn, a juste pris ses fonctions vendredi 28 février après que son prédécesseur, l’amiral Yuriy Ilyin, ait été relevé de ses fonctions au lendemain d'un déplacement Crimée pendant lequel il aurait été «victime» d’une crise cardiaque… 

Selon la chaîne d'information continue russe RT, la frégate Hetman-Sahaydachniy, le navire amiral de la flotte ukrainienne, aurait fait défection, aurait hissé le drapeau russe et aurait refusé de suivre les ordres du gouvernement de Kiev. Deux frégates anti-sous-marines russes ont par ailleurs pris position aux larges des côtes de Crimée.

Héritage de la guerre froide

Dans l’hypothèse d’un conflit terrestre à l’est du pays avec des unités russes, l’armée ukrainienne est mal organisée et disposée. La plupart de ses bases sont orientées à l’ouest, un héritage de la période soviétique et de la guerre froide explique Ruslan Pukhov, le Directeur du Centre des analyses stratégiques et technologiques de Moscou (Center for Analysis of Strategies and Technologies).

Mais si l’armée ukrainienne semble impuissante en Crimée et mal préparée, elle n’est pas une force négligeable si les troupes sont loyales au pouvoir de Kiev. Interrogé par le New York Times, Matthew Clements, l’éditeur de Jane’s Intelligence Review, explique que si l’armée ukrainienne manque de matériel et surtout de moyens financiers, «dans une guerre terrestre, elle pourrait combattre de façon appréciable» et est nettement plus puissante «que l’armée georgienne». Un conflit majeur avec l’Ukraine exposerait aussi les faiblesses organisationnelles et logistiques de l’armée russe. Mais cela reste une hypothèse assez peu vraisemblable.

 

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