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Partie de bluff à hauts risques entre Vladimir Poutine et Kiev

Slate.fr, mis à jour le 02.03.2014 à 7 h 32

Soldats russes devant le Parlement de Crimée à Simféropol le 1er mars 2014. REUTERS

Soldats russes devant le Parlement de Crimée à Simféropol le 1er mars 2014. REUTERS

Arseny Yatsenyuk, le Premier ministre ukrainien, a déclaré samedi 1er mars en fin de journée que toute intervention militaire russe conduirait à la guerre et à la coupure de toutes les relations avec Moscou. Pour sa part, Oleksander Turchynov, le Président ukrainien a mis l’armée ukrainienne en état d’alerte.

Pour autant, rien ne garantit que l’armée ukrainienne soit fidèle au régime qui a renversé le Président élu Viktor Ianoukovitch. A Kiev comme à Moscou, une dangereuse partie de bluff est en cours avec beaucoup plus d’atouts du côté russe.

Pendant ce temps en Crimée, s’il existait encore le moindre doute, les dernières informations disponibles confirment la prise de contrôle des points névralgiques de la région et de sa capitale Simféropol par des troupes russes et notamment des parachutistes. Plus de 20 000 soldats russes contrôlent la région qui est coupée du reste du pays.

Vladimir Poutine s’est manifesté officiellement pour la première fois depuis le début de la crise et a demandé samedi 1er mars au Conseil de la Fédération de Russie, la chambre haute du Parlement, l’autorisation d’envoyer des troupes en Ukraine. Il a obtenu sans surprise un feu vert unanime.

C’est «en raison de la situation extraordinaire en Ukraine et de la menace pesant sur la vie des citoyens russes, de nos compatriotes, des forces armées russes déployées en Ukraine», que Vladimir Poutine a demandé au Conseil de la Fédération d'autoriser «le recours aux forces armées russes sur le territoire de l'Ukraine, jusqu'à la normalisation de la situation politique dans ce pays», selon un communiqué du Kremlin.

Un peu plus tôt, toujours samedi 1er mars, la chambre basse du Parlement russe, la Douma, avait demandé à Vladimir Poutine de «protéger par tous les moyens» la population de Crimée «contre l'arbitraire et la violence».

A l’est de l’Ukraine qui est avec la Crimée la partie la plus favorable à la Russie du pays, des manifestations massives se sont tenues samedi 1er mars contre le nouveau gouvernement et en faveur de Moscou. Des manifestants à Kharkov et Donetsk ont envahi les bureaux locaux du gouvernement et remplacés les drapeaux ukrainiens par des drapeaux russes. Entre 7 000 et 10 000 personnes se sont rassemblées dans le centre de Donetsk en chantant «Russia».

Comme le souligne le magazine The New Republic, le risque est maintenant grand que la prise de contrôle de la Crimée par les troupes russe soit suivie d’une opération similaire dans les régions à l’est de l’Ukraine.

«La situation à Kiev, dans laquelle la population représentant la moitié du pays (la partie ouest qui parle ukrainien) a pris le pouvoir -dans une certaine mesure au dépend de la partie russophone du pays à l’est- a créé une parfaite opportunité pour Moscou pour diviser et conquérir. Au moment où la révolution s’est produite à Kiev, il y a eu des réactions de mécontentement en Crimée, qui a une importante population russe et abrite la flotte russe de mer noire. C’était un mécontentement assez limité, mais juste suffisant pour que la Russie l’exploite. Et quand une opportunité se présente, il serait fou de ne pas la saisir, surtout quand on s’appelle Vladimir Poutine…

La prochaine cible de la Russie est l’est de l’Ukraine… Ne pariez pas sur le fait que Poutine va s’arrêter une fois qu’il aura arraché la Crimée à l’orbite de Kiev. L’est de l’Ukraine russophone -et toute son industrie lourde- semblent plutôt intéressants. Et si vous vous demandez : «Pourquoi Poutine va prendre l’est de l’Ukraine?»  

Parce qu’il le peut et parce que ni les Etats-Unis, ni l’Europe n’ont les moyens et même l’envie de le stopper.

Alors bien sûr, les ambassadeurs des 15 pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont commencé samedi soir des consultations à huis clos à New York sur la situation en Ukraine et en Crimée. Cette réunion, la deuxième convoquée en urgence en deux jours sur ce dossier, a été demandée par le Royaume-Uni.

Le Royaume-Uni fait partie avec les Etats-Unis et la Russie des pays qui se sont portés garants de l'indépendance de l'Ukraine dans le mémorandum de Budapest, signé en 1994, en échange de son renoncement aux armes nucléaires après la chute de l'Union soviétique, dont elle faisait partie.

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