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Finissons-en avec l’invisibilité de l’homosexualité à l'école et prenons exemple sur la Californie

Claire Levenson, mis à jour le 10.03.2014 à 11 h 01

Il ne suffit pas de dire que «l'homophobie, c'est pas bien». L'idée est de montrer en cours que l'hétérosexualité n'est pas le modèle par défaut.

REUTERS / JAMES LAWLER DUGGAN

REUTERS / JAMES LAWLER DUGGAN

Les lycéens californiens vont bientôt apprendre l’histoire des mouvements gay à l’école. Une loi votée en 2011 requiert en effet de changer les programmes d’histoire afin que les Américains LGBT «soient inclus et reconnus pour leurs contributions au développement social économique et politique de la Californie». De nombreuses écoles californiennes abordaient déjà ces sujets, mais l’approche sera bientôt généralisée

Lors du prochain remplacement des manuels scolaires (aux alentours de 2015), les nouveaux livres sélectionnés évoqueront donc des événements tels que les émeutes de Stonewall qui ont éclaté en 1969 à la suite d'une descente de police dans un bar gay de New York.

Les opposants à la loi parlent d’une politisation absurde des programmes, avec chaque minorité qui demande reconnaissance officielle. Les plus conservateurs critiquent une forme de promotion de l’homosexualité qui n’aurait pas sa place à l’école. Pour les auteurs de la loi (SB48, Fair Education Act), il s’agit de représenter l’histoire dans toute sa complexité, mais aussi d’«améliorer la sécurité des élèves» et de «lutter contre le harcèlement».

Les controverses sur l'ABCD de l’égalité en France ont en effet fait oublier quelque chose d'essentiel: à l’école, les questions d'homophobie et de stéréotypes de genre sont aussi des problèmes de sécurité. Dans une étude publiée en 2011, l’organisation américaine GLSEN a relevé que 82% des élèves LGBT avaient été victimes d’insultes et 38% harcelés physiquement en raison de leur orientation sexuelle –les chiffres sont similaires pour les jeunes qui ne correspondent pas aux stéréotypes de genre. 31% ont déclaré avoir manqué des journées de classe car ils ne se sentaient pas en sécurité à l’école, et leurs résultats scolaires en pâtissent.

Il y a moins de chiffres disponibles en France, mais selon SOS Homophobie, la majorité des actes homophobes (82%) sont recensés dans le cadre scolaire. L’école est souvent un milieu hostile pour les jeunes LGBT.

Au-delà du «respect»

Dans ce contexte, l’approche californienne est de dire qu’il ne suffit pas d’une tolérance silencieuse. L’idée est qu’un adolescent gay, ou dont les parents sont gay, se sentira mieux si, à l’école, l’hétérosexualité n’est pas constamment présentée comme l’identité par défaut. Il faut en parler, et pas seulement pour dire que l’homophobie, c’est pas bien.

Les législateurs sont donc allés au-delà du simple cours d’éducation au respect. Il s’agit de donner une visibilité aux personnes LGBT en tant qu’acteurs historiques et sociaux. En partenariat avec le district scolaire de Los Angeles, des historiens travaillent actuellement à une nouvelle version du cursus d’histoire.

«Dans l’histoire des droits civiques afro-américains, on pourra notamment évoquer des figures comme Bayard Rustin, un militant noir et gay qui a organisé la  marche sur Washington de Martin Luther King», explique Sara Train, qui coordonne le projet.

L’idée est d’aborder ces questions –non pas une fois dans une leçon spéciale– mais de manière continue à travers différents cours. Sara Train prend aussi l’exemple de la peintre mexicaine Frida Kahlo:

«Lorsqu’elle est mentionnée en cours, on pourrait en profiter pour évoquer sa bisexualité et de quelle façon cela a influencé son travail.»

Quand un professeur reconnaît l’existence de figures historiques homosexuelles, il contribue à créer un climat plus accueillant. Dans les écoles où les enseignants parlent de ces questions, les jeunes homosexuels sont deux fois moins susceptibles d’être harcelés (16% contre 32%) que dans les écoles où personne n’en parle. 

Le harcèlement ne concerne pas seulement l’orientation sexuelle, mais aussi la façon dont les jeunes expriment leur masculinité ou leur féminité.

En février en Caroline du Nord, un garçon de 11 ans a tenté de se suicider, en partie parce que des élèves se moquaient de son intérêt pour le dessin animé Mon Petit Poney, considéré comme un programme «pour filles». 

Ceux qui expliquent qu’ils sont d’accord pour lutter contre l’homophobie, mais ne veulent pas qu’on parle des gays à l’école, et refusent que l’on parle aussi des stéréotypes de genre ne sont pas honnêtes. Toutes ces questions sont liées.

Un besoin de visibilité

Publié en juillet 2013, le rapport de Michel Teychenné sur les discriminations homophobes dans l’Education nationale soulignait le tabou autour de ces questions:

«Les associations constatent et dénoncent le manque d’information des élèves, de formation des adultes et de manière générale l’invisibilité de l’homosexualité, passée sous silence dans le cadre scolaire.»

Alors que «les générations précédentes choisissaient très souvent l’invisibilité», les jeunes LGBT d’aujourd’hui revendiquent le droit de vivre leur vie affective sans avoir à se cacher, indiquait le rapport.

C’est ce besoin de visibilité que tentent de prendre en compte certaines écoles américaines. 

La création des Alliances gay-hétéro (gay straight alliance), des clubs de lycéens qui servent souvent de refuge, a été un élément fondamental. Nées en 1998 en Californie, il y en a actuellement autour de 4.000 à travers le pays.

L’année dernière pour la journée nationale du «coming-out» (le 11 octobre), le district scolaire de Los Angeles a distribué des milliers de badges arc-en-ciel aux professeurs de la ville. Il ne s’agissait pas pour les enseignants de faire leur «coming-out», mais de déclarer ouvertement leur soutien aux jeunes LGBT de l’école, de leur signifier qu’ils étaient leurs «alliés»

Los Angeles est à la pointe de ce combat, et a déjà adopté des politiques d’acceptation des élèves transgenres (qui peuvent notamment utiliser les toilettes pour filles s’ils s’identifient comme fille). Dans la plupart des écoles, ces mesures n’ont absolument pas modifié le quotidien des établissements. Mais pour la poignée de personnes concernées, cela a changé leur vie.

C.L.

Claire Levenson
Claire Levenson (141 articles)
Journaliste
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