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Ces 10 cartes vont vous aider à comprendre la situation en Ukraine

REUTERS

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Qui parle ukrainien en Ukraine? Qui a voté pour Ianoukovitch? Par où passe le gaz russe? Où ont lieu les affrontements ailleurs qu'à Kiev? Eclairage géographique de la situation ukrainienne.

Depuis plusieurs mois, l'Ukraine est le théâtre d'importantes manifestations pro-européennes qui ont dégénéré en violents affrontements ces derniers jours à Kiev et dans plusieurs villes du pays. Depuis mardi 18 février, plusieurs dizaines de personnes sont mortes dans les violences, parmi lesquelles de nombreux manifestants tués par balles mais aussi des membres des forces de l'ordre.

Après d'intenses négociations sous l'égide de l'Union européenne, le président Ianoukovitch a annoncé ce vendredi 21 février la tenue d'un scrutin présidentiel anticipé, la formation d'un gouvernement d'union nationale et une réforme constitutionnelle dans une tentative d'apaisement.

Les manifestations pro-européennes avaient été déclenchées par la décision, début novembre 2013, du président Viktor Ianoukovitch de rejeter un accord pour plus d'intégration avec l'Union européenne, préférant rapprocher le pays de son grand voisin de l'Est, la Russie.

Certains observateurs n'hésitent pas à parler d'une situation qui rappelle la Guerre froide, avec un pays tiraillé entre l'Est (la Russie donc) et l'Ouest (l'Union européenne et les Etats-Unis). D'autres estiment que le mouvement s'est largement transformé depuis ses débuts et a désormais plus à voir avec un ras-le-bol populaire face à un gouvernement corrompu et à la dérive autoritaire de son président.

Si les analyses de la situation complexe du pays diffèrent, certaines observation basées sur des faits avérés peuvent aider à mieux comprendre ce qui se joue en Ukraine. Ces 10 cartes, loin d'apporter des explications définitives, fourniront à ceux qui s'intéressent à la situation quelques données essentielles. [Cliquez sur les cartes pour les voir en plus grand]

1. Entre l'Europe et la Russie

Les commentaires et analyses décrivant l'Ukraine comme un pays coincé entre deux blocs ne sont pas purement théoriques. Pendant la Guerre froide déjà, la République socialiste soviétique d'Ukraine composait une partie importante de la frontière occidentale de l'URSS:

 
Soviet Union - Ukraine, Wikimedia Commons

Aujourd'hui, elle est une véritable passerelle géographique entre la Russie, avec laquelle elle partage plus de 1.500 kilomètres de frontière, et l'Union européenne, qu'elle côtoie sur près de 1.300 kilomètres à travers ses frontières avec la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie:

L'Ukraine est aussi et surtout le pays à travers lequel transite 60% du gaz russe en route vers l'Union européenne:


Major Russian gas pipelines to europe, Wikimedia Commons

Le pays dépend lui-même énormément du gaz russe pour alimenter notamment son importante production agricole.

2. Un pays nettement coupé en deux politiquement

La carte ci-dessous représente le candidat arrivé en tête dans les districts électoraux lors de l'élection présidentielle de 2010.

En bleu, les districts gagnés par le pro-russe Viktor Ianoukovitch, en jaune ceux gagnés par Ioulia Tymochenko, alors Première ministre de centre-droit et pro-européenne:


Wikimedia Commons

En 2004, la ligne de démarcation entre la partie du pays ayant voté pour Viktor Ianoukovitch, déjà soutenu par la Russie, et Viktor Iouchtchenko, soutenu par l'Union européenne et les Etats-Unis, au second tour de l'élection présidentielle était on ne peut plus évidente:


Ukraine Elections Map Novembre 2004, Wikimedia Commons

Après la victoire contestée de Ianoukovicth, un troisième tour avait été effectué à la demande du mouvement de protestation surnommé «Révolution orange», entraînant finalement l'élection de Iouchtchenko. Les votes avaient une fois de plus suivi le même schéma géographique.

3. Une division calquée sur une répartition ethnique et linguistique très marquée

Cette carte, relayée en décembre dernier par le Washington Post, aide à comprendre beaucoup de choses. Elle montre les divisions ethniques et linguistiques:


Carte du Washington Post expliquant la situation en Ukraine

Celle-ci, qui montre le pourcentage de la population dont la langue maternelle est l'ukrainien, basée sur le recensement de 2001, est encore plus parlante:


Ukraine census 2001 Ukrainian, Wikimedia Commons

Depuis son indépendance en 1991, le pays est divisé selon ces catégories ethnolinguistiques, et forge ses opinions politiques en fonction de ces divisions. Y compris sur le rapprochement avec la Russie ou l'UE.

Sur Slate, Daniel Vernet expliquait en décembre que déjà «cette division de l’Ukraine entre une partie occidentale, orientée vers la Pologne, de tradition catholique qui pratique la langue ukrainienne et une partie orientale peuplée de russophones, de religion orthodoxe, qui a vécu longtemps des mines et des grands combinats communistes (...) s’est manifestée dans les urnes après la “Révolution orange” de 2004, les pro-occidentaux et les pro-russes se sont succédé au pouvoir».

4. Les affrontements d'aujourd'hui surtout à l'Ouest

Le quotidien américain ajoute que les journalistes couvrant la situation se trouvent à Kiev, côté ukrainien niveau ethno-linguistique, où l'on est pro-UE. Mais le président Viktor Ianoukovitch, à l'inverse, est originaire du côté russe du pays. 

En janvier, le Washington Post, toujours, avait réalisé deux cartes montrant d'abord le lien entre les mouvements protestataires et les résultats des élections de 2010, expliquant:

 «Les lignes rouges montrent les régions où les protestataires assiègent les bâtiments administratifs locaux. Les lignes noires indiquent les régions où les manifestants se sont emparés de ces bâtiments. Les régions bleues sont celles où Ianoukovitch a remporté la majorité aux dernières élections présidentielles en 2010; le bleu foncé indique celles où il a gagné avec au moins 70% des voix. Les régions orange montrent les endroits où Ioulia Tymochenko, Premier ministre d'alors et candidate d'un parti pro-européen, a remporté la majorité des voix; avec au moins 70% d'entre elles dans les régions orange foncé.»


Carte du Washington Post expliquant la situation en Ukraine / Par Max Fisher

Puis une superposition des mêmes zones de protestation avec la carte des langues:


Carte du Washington Post expliquant la situation en Ukraine en fonction des langues parlées / Par Max Fisher

Cette carte des principaux lieux d'affrontements mercredi 19 février, plus récente donc que les deux précédentes, montre que les troubles se concentrent encore dans la zone plus proche de l'Europe et non-russophone:

Comme nous le rappelions en début d'article et comme l'écrit Daniel Vernet sur Slate.fr, le mouvement a évolué depuis le mois de novembre, et la division géographique est moins nette qu'avant:

«Les trois mois de soulèvement populaire ont eu pour effet de brouiller cette division est-ouest. Au début, les premiers manifestants réclamaient un rapprochement avec l’Europe. Ils venaient essentiellement de l’Ukraine occidentale. Mais au fil des mois, les revendications ont changé. Elles ont visé de plus en plus la nature même du régime, l’arbitraire du pouvoir, la corruption. Et ces revendications ont fédéré des opposants, à l’ouest comme à l’est du pays où des manifestations ont eu lieu dans des hauts lieux du Parti des régions, le parti russophone de Viktor Ianoukovitch.»

Cette évolution n'empêche pas la presse russe d'évoquer plusieurs scénarios mis au point par Moscou, parmi lesquels figurent une hypothèse de division de l'Ukraine selon les lignes historiques, linguistiques et économiques, ou une autre de création d'un Etat fédéral en Ukraine composé de deux voire trois parties: l’ouest, l’est et la Crimée, peuplée d’une majorité de Russes depuis que les Tatars d’origine en ont été bannis par Staline.

Grégoire Fleurot

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