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Elle tweete «Je meurs» et devient le visage de la violence en Ukraine

Temps de lecture : 2 min

La photo d'Olesya Zhukovska, secouriste blessée à Maïdan et en réalité hospitalisée, a très rapidement circulé, ce qui montre combien les opposants ont besoin d'un visage pour représenter leur révolution.

Mise à jour: Ce vendredi, la jeune femme était réveillée; elle a tweeté «Je vis! Merci à tous ceux qui m'ont soutenue et ont prié pour moi!»

Ce jeudi, une jeune femme secouriste, Olesya Zhukovskaya présente à Kiev, et qui tweetait elle-même depuis les affrontements, poste en milieu de journée ce message:

Ce qui veut dire «je meurs» en ukrainien. La photo suivante se met à circuler:

Ce qui est manifestement la photo d'un écran d'appareil photo.

Elle est très vite reprise.

On lit par exemple sur ce compte: «Cette jeune fille s'est fait tirer dessus, puis elle est morte. C'est terrible.»

Au fur et à mesure des heures, on se rend compte que la jeune femme n'est pas morte. Le doute s'installe:

Puis des journalistes sur place le confirment, comme Kristina Berdinskikh, journaliste ukrainienne, indépendante depuis qu'elle a démissionné de son journal Korrespondent, proche du pouvoir, pour protester contre la censure.

Ou encore ici:

Kristina Berdinskikh ajoute sur Facebook que la jeune femme est sous assistance respiratoire.

Mais l'empressement à faire de cette jeune femme un symbole, à lier son visage au fait que le président doit partir (comme l'indique le tweet de BSpringnote, exhortant Viktor Ianoukovitch à quitter le pouvoir) montre le besoin d'iconographie à poser sur les affrontements violents qui se déroulent, le besoin d'incarnation du conflit. Comme cela s'était passé avec Neda lors de la révolution en Iran. Dans une moindre mesure comme ce fut aussi le cas avec la «femme à la robe rouge» en Turquie. Ce besoin est d'ailleurs illustré par les séries de portraits publiées par différents sites:

Un homme, en janvier, avait déjà été sacré «"martyr" de la révolution ukrainienne». Yuri Verbitsky, quinquagénaire originaire de l'ouest de l'Ukraine, retrouvé mort dans une forêt aux alentours de Kiev, à Boryspil, le 22 janvier. «Les circonstances de sa mort restent troubles, mais à Lviv, on assure qu'il a été battu par les forces de police aux ordres de Viktor Ianoukovitch, le président», expliquait alors Le Monde. Mais le symbole n'était pas aussi fort que celui d'une jeune femme, secouriste, qui aurait eu le temps de tweeter sa propre mort.

Le Washington Post a d'ailleurs conclu:

«Quoi qu'il se soit passé [que la jeune fille soit vivante ou non], la vérité est que ce tweet montre à quel point les enjeux sont vitaux en Ukraine à l'heure qu'il est.»

Charlotte Pudlowski avec Ekaterina Agafonova

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