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«House of Cards» va-t-il boucher l'Internet?

Andréa Fradin, mis à jour le 14.02.2014 à 14 h 07

Extrait de l'affiche de la saison 1 de House of Cards

Extrait de l'affiche de la saison 1 de House of Cards

C'est le grand soir. La deuxième saison de House of cards, la série trois fois récompensées aux Emmy Awards et diffusée en France sur Canal+, va être révélée dans son intégralité ce soir par Netflix, le très populaire site de vidéos à la demande. Peut-être allez-vous tenter de la regarder (par des moyens détournés ou illégaux, puisqu'il est a priori impossible de souscrire au service depuis la France), tout comme une partie des quelque 33,4 millions de foyers américains abonnés à Netflix, qui, de la location de DVD par correspondance à la production de série, a fait du chemin.

Il faut donc s'attendre à un gros embouteillage sur le réseau, prévient Quartz qui lance d'un air de défi: «Prêts à casser l'Internet?»

Netflix ne tuera pas Internet...

Si, contrairement à ce qu'annoncent régulièrement les oiseaux de malheur, l'Internet mondial ne va pas de s'effondrer à cause de Netflix, il risque en effet d'avoir du mal à gérer sans encombre l'assaut des sérivores (d'autant plus fort qu'une tempête de neige paralyse la côte est des Etats-Unis et que l'équipe de communication de Barack Obama a fait la promotion de cette nouvelle saisons de House of cards).

» Lire aussi: «Peut-on casser Internet?»

En temps normal, aux alentours de 20 heures, «à peu près un tiers du trafic Internet en direction des foyers américains transportent des films et des séries en provenance de Netflix, très lourds en données». Des chiffres repris par Quartz et à prendre avec précaution, puisqu'ils dépendent de Sandvine, «un équipementier, écrivions-nous en 2010 dans Owni, qui [...] aide les FAI à mieux gérer le trafic».

Demeure néanmoins une réalité, pointée par le site spécialisé américain: quand trop de personnes se connectent au même instant à un même service sur Internet, ça risque de ramer. C'est la même chose en France, quand on souhaite par exemple regarder YouTube sur Free –pour citer un cas connu de tous. Et ça touche tout le monde, y compris le Président de l'autorité des télécoms américaine, la FCC (Federal Communications Commission, l'équivalent de l'Arcep en France). «Ma femme et moi aimons nous mettre au lit et regarder Netflix», a-t-il récemment déclaré dans une interview vidéo. Et visiblement, son épouse n'a pas apprécié de voir son Internet ramer.

... mais pose la question de l'interconnexion de ses acteurs

La raison de tant de désagrément se trouve certainement dans les entrailles du Net, avance Quartz. Plus particulièrement dans la façon dont les différents acteurs du secteur (producteurs de contenus comme Netflix ou YouTube, fournisseurs d'accès à Internet (FAI) comme Verizon aux Etats-Unis ou Orange et Free en France) se branchent les uns aux autres et coopèrent pour faire circuler le contenu demandé par les internautes jusqu'à leurs écrans.

Une coopération qui est aujourd'hui plus que jamais tendue. Selon des mesures de Netflix, les FAI américains transportent les séries et les films de plus en plus lentement. «La chute a mené à des accusations selon lesquelles Verizon et Comcast étranglent ou ralentissent Netflix sur leurs réseaux», écrit Quartz. Ces derniers démentent, tout comme, plus surprenant, Netflix. 

Le problème est plus subtil: si les opérateurs ne prennent pas de mesures pour ralentir Netflix, ils peuvent en revanche très bien ne rien faire pour améliorer la diffusion de ses programmes. En ne prenant pas par exemple l'initiative de mettre en place de meilleures conditions d'interconnexion entre eux et Netflix: «C'est la réponse probable à la question de la cause du ralentissement de Netflix –et qui sera crucial pour le futur de la télévision sur Internet [...]», écrit Quartz.

C'est, à quelques menus détails, exactement le même problème qui divise YouTube et Free en France. Comme nous l'expliquions en janvier 2013, alors que les relations entre Google (qui détient YouTube) et l'opérateur français étaient au plus bas:

«[...]L'opérateur français veut que le géant américain paie pour se connecter à lui, quand ce dernier défend une politique de peering gratuit... qui semble pourtant être à géométrie variable: le géant pratiquerait déjà le peering payant avec Orange (aucun n'a fait de déclaration officielle). Scénario qu'il n'a pas intérêt à ébruiter s'il ne veut pas aiguiser davantage les appétits des autres opérateurs.»

Le «peering» désigne le fait pour les acteurs d'Internet de se brancher directement entre eux; on parle de «transit» quand ils passent par un intermédiaire.

La vitesse du trafic Internet, tout comme l'acheminement des données, est donc l'un des gros enjeux du numérique aujourd'hui, aux Etats-Unis comme en France. Un bras de fer entre sites et opérateurs qui a aussi pour conséquence de brouiller les lignes concurrentielles: à l'instar des FAI, Google comme Netflix déploient aujourd'hui leurs propres équipements pour faire en sorte d'accélérer le transport de leurs données (via ce qu'on appelle des «CDN», voir cette infographie) et concurrencent donc, sur leur terrain, les opérateurs de télécommunications:

«L'affaire était complexe, elle se corse donc davantage avec l'émergence de ces frictions concurrentielles. L'enjeu des bisbilles actuelles, dont Free et Google ne sont qu'une illustration, est donc moins la revalorisation d'un accord commercial que l'importance de se positionner au mieux dans le futur paysage du Net.»

» A lire aussi: «Pourquoi ça rame quand je veux regarder une vidéo YouTube avec Free», avec une infographie réalisée pour illustrer le bras de fer entre Free et YouTube, et transposable au cas de Netflix aux Etats-Unis.

Andréa Fradin
Andréa Fradin (204 articles)
Journaliste
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