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Comment détecter la vie dans une meule d'étoiles?

Benoît Helme, mis à jour le 14.02.2014 à 10 h 15

Si nous cherchons sans la trouver une «vie» extraterrestre dans l'univers infini, c'est peut-être parce que nous y cherchons une vie qui ressemble à la nôtre. Mais pourquoi les extraterrestres devraient-ils ressembler à un être humain, un animal, un végétal, ou à une molécule d'eau?

ESA/DPAC/Airbus DS

ESA/DPAC/Airbus DS

Le télescope spatial européen Gaia, dont la mission est de cartographier en 3D la Voie lactée, est enfin arrivé à bon port. Il a atteint son orbite opérationnelle, à quelque 1,5 million de kilomètres de la Terre, au point dit Lagrange 2, cette région de l'espace où les champs de gravité de la Terre et du Soleil s'annulent, offrant ainsi au télescope une vue imprenable sur l'immensité de l'univers.

Une fois que les instruments auront été pleinement testés et calibrés, dans quatre mois environ, le télescope devrait donc entamer une mission de cinq ans.

Mission spectaculaire et qui ne semble plus impossible: localiser un milliard d'étoiles dans notre galaxie, chacune d'entre elles étant observée environ 70 fois, avec un degré de précision jusque-là inégalé. Combinés, les 106 capteurs de Gaia représentent en effet une optique d'un milliard de pixels, ce qui, en termes plus concrets, revient à pouvoir photographier l'ongle d'un pouce depuis la Lune!

Gaia serait donc aujourd'hui en mesure d'identifier, au hasard de ses captations, un petit homme vert. Bon, s'il n'est pas vert, qu'il n'est pas un homme et qu'il ne ressemble à aucune forme de vie connue des terriens, il est probable que Gaia aie plus de mal à identifier une forme éventuelle de vie extraterrestre. Et nous pourrons alors en conclure sagement, comme Calvin et Hobbes:

«La meilleure preuve qu'il existe une intelligence extraterrestre, c'est qu'elle n'a pas essayé de nous contacter.»

Et pourtant. Pour la Nasa, qui adore les chiffres et les extrapolations, notre galaxie abriterait 100 milliards de planètes en orbite autour d'étoiles inconnues, les fameuses exoplanètes –ces planètes situées en dehors du système solaire. Lorsqu'on sait, grâce aux calculs effectués à partir des photographies du télescope Hubble notamment, que la Voie lactée compte environ cent milliard d'étoiles, sinon davantage, et que l'Univers abrite des centaines de milliards de galaxies, on peut donc supposer sans passer pour un doux cintré que la probabilité d'une vie extraterrestre est plausible.

Ce que résume d'ailleurs le célèbre cosmologiste Stephen Hawking en soulignant qu'il est «statistiquement anachronique que nous soyons la seule forme de vie d'un Univers dont nous ne connaissons pas les limites».

Oui, mais. Comment s'y prendre pour détecter la vie dans une meule d'étoiles? Les scientifiques tentent généralement de détecter dans l'espace des niveaux élevés d’oxygène, gaz incolore bien connu nécessaire à notre respiration, qui constitue 1/5e du volume de notre atmosphère, et considéré comme un des marqueurs les plus fiables pour relever la présence d’une forme de vie similaire à la nôtre.

Reste qu'il serait imprudent de sortir le champagne et les cacahouètes bio au premier indice d'oxygène. Car la découverte de ce gaz ne prouve pas l'existence d'une forme de vie. L'histoire de l'étoile GJ 876 (ou Gliese 876) illustre bien cette question.

Des spectres de cette étoile, une naine rouge considérée comme très proche du soleil –et pourtant située quelque 150.000 milliards de kilomètres plus loin– autour de laquelle tournent au moins quatre planètes, ont en effet montré que l'atmosphère de l'une d'elles (Gliese 876 d) pouvait contenir des niveaux significatifs d'oxygène. Mais après analyse, les chercheurs ont découvert que l'origine de ce phénomène provenait d'une quantité astronomique de rayons ultraviolets émis par l'étoile, qui conduisait à produire un taux d'oxygène élevé dans l'atmosphère de la planète sans que celle-ci ne soit pour autant source de vie. On sait depuis que la détection d’oxygène dans le spectre d’une exoplanète ne vaut pas biosignature.

Hypothèse pourtant, cette exoplanète tournant autour de l'étoile GJ 876 pourrait s’apparenter à la Terre telle qu'elle était il y a environ 2,2 milliards d’années au sortir de la Grande Oxydation, lorsque elle ressemblait encore à une gigantesque boule de neige. Ce qui suppose alors que certaines des exoplanètes observables par le télescope Gaia ne seront peut-être habitables, ou source de vie, que dans quelques milliards, voire cinq milliards d'années, le temps que notre soleil devienne une géante rouge et se dilate au point d'engloutir la Terre. C'est embêtant.

On reconnaît la vie quand on la voit, dit-on parfois. Mais est-on bien sûr que la vie extraterrestre soit réellement visible? La vue de la vie est une approche humaine qui correspond à un de nos cinq sens. Mais si Gaia peut scruter, depuis des milliards de kilomètres, avec ses capteurs ultra-puissants, l'environnement gazeux d'une multitude d'exoplanètes, il lui est plus compliqué de voir ce qui, par essence, n'est pas visible.   

Justement. Le temps, par exemple, n'est pas visible. Et si la vie extraterrestre est aujourd'hui indétectable, c'est peut-être un problème de temps. Eric Dautriat, ancien dirigeant du Centre national d'études spatiales (Cnes), dans son ouvrage de vulgarisation L'Espace en quelques mots aborde cette question très intéressante. Il souligne:

«Le principal facteur limitant la probabilité d'une simultanéité d'existence avec des extraterrestres intelligents pourrait bien être le fait que les civilisations ne durent pas assez longtemps pour pouvoir se croiser.»

Des extraterrestres auraient donc pu exister ou pourront exister avant ou après cette courte période dans l'histoire de l'Univers où nous avons disposé des moyens pour les repérer!

Surtout, la vie telle que nous la connaissons correspond à un ensemble de notions plus ou moins complexes. On peut la définir comme l'état d‘activité de la substance organisée. Ou encore comme l'ensemble des phénomènes –croissance, métabolisme, reproduction– que présentent les organismes. Ou bien comme le temps qui s'écoule depuis la naissance à la mort.

Bref, la vie correspond à ce que nous observons de la vie. C'est une réalité organique que même l'être humain a du mal à définir. Comment savoir alors si, dans un contexte cosmique différent, la vie ne peut pas être autre chose que la vie, dans une dimension inaccessible à l'homme? Ou si la notion même de vie est encore pertinente puisque c'est peut-être un autre phénomène que la vie qui se produit à des années lumières de nous? Sans même parler de la conscience telle que nous la connaissons qui, elle aussi, pourrait présenter d'indétectables variantes. On touche évidemment là au frisson du divin, du moins du côté des croyants. Que les autres s'amusent un peu, l'univers est tout aussi impensable que Dieu, et il existe bien.  

Nous voilà bien, une fois encore, embarqués dans les préjugés anthropomorphiques. Le télescope Gaia, pur joyau technologique de l'Europe spatiale, devra donc observer avec les moyens du bord cet espace si infini qu'il en est inimaginable par l'homme.

A l'heure de nos existences instantanées sur la Terre, nous existons, de fait, dans un univers constitué de centaines de milliards de galaxies inconcevables par notre esprit. Nous vivons tous les jours nos vies, visibles par nous seuls peut-être, qui sait, dans un univers dont la partie visible est bornée par un horizon au-delà duquel les galaxies, si elles sont encore des galaxies, deviennent invisibles à nos yeux car leur lumière n'aura peut-être jamais le temps de nous parvenir.

Nous n'avons que notre cerveau englobé dans un corps pour l'appréhender. Notre imagination d'homos sapiens a bien évidemment tendance à prendre pour point de départ ce qu'elle connaît déjà. Elle a besoin de repères. Tout a besoin d'être pensé par l'homme, identifié, imagé, et matérialisé, pour en certifier l'existence, sans quoi il a vite fait de s'interroger comme Woody Allen, «étonné par tous ces gens qui veulent connaître l'univers, alors qu'il est déjà assez difficile de retrouver son chemin dans Chinatown».

Il nous est tout de même permis, à nous autres terriens rivés au sol, d'imaginer que des formes de vie extraterrestre sont plausibles, sans gaz ni formule chimique pour les appréhender, ou dont la substance ne serait pas substance ni détectable par un télescope.

Pour autant, Gaia nous réserve sans doute de belles surprises, en deçà ou au-delà de nos imaginations. Quelques photos, peut-être, de phénomènes cosmiques jusque-là inconnus de l'homme. On en deviendrait même infiniment impatient. Comme Eric Dautriat, qui écrit dans son dernier livre:

«Si de leur exoplanète, les extraterrestres lisent ses lignes, qu'ils veuillent bien se manifester auprès de l'éditeur, et qu'on en finisse!»

Benoît Helme

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