Partager cet article

Meurtres, viols et passages à tabac: le quotidien des homosexuels dans la Russie de Poutine

Un activiste gay est réconforté par une jeune femme après avoir été attaqué pendant une manifestation contre la loi russe interdisant la «propagande» homosexuelle. Moscou, le 11 juin 2013. REUTERS/Maxim Shemetov

Un activiste gay est réconforté par une jeune femme après avoir été attaqué pendant une manifestation contre la loi russe interdisant la «propagande» homosexuelle. Moscou, le 11 juin 2013. REUTERS/Maxim Shemetov

L'homophobie en Russie ne date pas de la dernière loi de Vladimir Poutine. Mais elle noircit grandement le tableau.

Depuis que Vladimir Poutine, président violemment homophobe, a fait passer une loi rendant hors la loi les individus ouvertement homosexuels, la communauté LGBTQ du pays –c'était à prévoir–, doit faire face à une flambée de violence.

Une récente étude, publiée dans la revue Health and Human Rights de l'université d'Harvard, confirme la multitude d'anecdotes terrifiantes entendues ici ou : en Russie, les gays sont battus, violés et assassinés à une fréquence record –et le gouvernement en fait trop peu pour que cela cesse.

Le problème de la violence homophobe en Russie n'a, évidemment, rien de neuf. Avant que la nouvelle loi fédérale ne soit adoptée, bon nombre de gouvernements régionaux avait déjà passé des législations similaires, ôtant aux citoyens homosexuels leurs droits juridiques et leur dignité humaine. Plus de la moitié des homosexuels russes fait part d'abus psychologiques, la violence est physique pour 16% d'entre eux et 7% ont été violés. Pour autant, 77% déclarent n'avoir aucune confiance dans la police, la plupart des crimes homophobes n'est donc pas signalée.

La loi de Poutine n'a fait que noircir un tableau déjà bien sombre. En apposant un aval gouvernemental sur une homophobie rampante en Russie, Poutine a, dans les faits, déclaré ouverte la chasse aux gays. Comme le souligne l'étude d'Harvard, la violence contre les homosexuels n'est pas considérée en Russie comme de la vraie violence; il ne s'agit que d'une façon pour les jeunes hommes de prouver leur hétérosexualité –tout en purifiant la société d'une communauté contre-nature et pédophile.

» Tous les articles sur Nos amis les Russes

C'est de telles motivations que l'on retrouve dans les groupes comme Occupy Pedophilia, qui piège de jeunes gays via les réseaux sociaux pour ensuite les humilier publiquement en les frappant avec des godemichés ou en les forçant à boire de l'urine. Le but ultime de ce groupuscule paramilitaire serait soi-disant de «guérir» les homosexuels de leur orientation –ce qui fait écho aux déclarations du ministre russe de la Santé, pour qui l'homosexualité relève bien souvent d'une maladie mentale. Préoccupé par ces agressions, un citoyen russe s'est tourné plus de 70 fois vers des institutions responsables du maintien de l'ordre, afin que ces exactions fassent l'objet d'une enquête. Toutes ses demandes sont restées lettre morte.

Maxim Martsinkevich, le chef d'Occupy Pedophilia, vient d'être arrêté à Cuba et sera bientôt jugé en Russie, même si aucune des charges retenues contre lui n'a trait à la violence anti-gays (vu que Martsinkevich a été néo-nazi et fier de l'être, son casier judiciaire est long comme le bras). Mais ce n'est pas son arrestation qui endiguera le zèle brutal dont font preuve des groupes comme Occupy Pedophilia pour humilier, frapper et agresser sexuellement des homosexuels russes. De fait, les forces de l'ordre sont responsables d'une bonne partie des violences homophobes, avec des manifestations prônant la tolérance envers les gays réprimées dans le sang. Après tout, c'est la loi.  

Poutine n'a pas fait naître l'homophobie en Russie. Mais sa croisade contre la communauté gay a cruellement exacerbé un climat déjà étouffant de sectarisme et d'ignorance. S'il avait été un président solide et sûr de lui, Poutine aurait pu permettre à son pays de dépasser ses conceptions antédiluviennes de la sexualité et du genre. Poutine le paranoïaque aura préféré se servir des gays comme d'un ennemi commun et d'un bouc émissaire. Sa petite combine lui a sans doute fait gagner des points, que ce soit dans son pays ou aux Etats-Unis. Mais le prix de son intolérance se paye aujourd'hui en vies humaines.

Mark Joseph Stern

Traduit par Peggy Sastre

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte