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Dojd, principale chaîne télé d'opposition en Russie, menacée de fermeture

Grégoire Fleurot, mis à jour le 30.01.2014 à 16 h 34

Des gens regardent une conférence de presse des membres des Pussy Riots Nadezhda Tolokonnikova et Maria Alyokhina dans un studio de Dojd à Moscou, le 27 décembre 2013. REUTERS/Tatyana Makeyeva.

Des gens regardent une conférence de presse des membres des Pussy Riots Nadezhda Tolokonnikova et Maria Alyokhina dans un studio de Dojd à Moscou, le 27 décembre 2013. REUTERS/Tatyana Makeyeva.

La principale chaîne de télévision d'opposition russe et l'une des rares sources d'information indépendante du pays, Dojd, est menacée de fermeture après avoir effectué un sondage jugé antipatriotique par le gouvernement.

La chaîne de télévision a publié un sondage demandant si l'Union soviétique aurait dû laisser les armées de l'Allemagne nazie prendre Leningrad pendant la Seconde guerre mondiale pour épargner des centaines de milliers de vies (environ 800.000 personnes sont mortes au cours du siège de la ville), et ce à la veille du 70e anniversaire de la bataille.

Le sondage a créé une vive polémique et a été rapidement retiré par le rédacteur en chef de la chaîne, qui s'est excusé dans une lettre ouverte en affirmant qu'il «n'était pas dans son intention d'insulter qui que ce soit», rapporte l'AFP. Des excuses qui n'ont pas suffi: plusieurs fournisseurs de télévision proches du pouvoir ont déjà retiré la chaîne de leurs bouquets, rapporte l'agence de presse française.

Un porte-parole de Vladimir Poutine a déclaré mercredi 29 janvier qu'il ne savait pas si la chaîne avait enfreint la loi, mais qu'elle avait franchi une ligne morale, rapporte The Guardian. «Si nous devenons tolérants envers ce genre de sondage, nous allons observer une érosion de la nation et de notre mémoire génétique» a-t-il déclaré. La députée pro-gouvernementale Irina Yarovaya a quant-à elle déclaré que le sondage était «un crime visant à réhabiliter les nazis».

L'agence de presse RIA Novosti, un média financé par l'Etat mais relativement indépendant que Vladimir Poutine vient de dissoudre par décret, rapporte que des procureurs de Saint-Pétersbourg (anciennement Leningrad) ont ouvert une enquête pour «extrémisme» ce jeudi. Les employés de Dojd accusés seront passibles de deux ans d'emprisonnement. RIA Novosti écrit:

«Le président de l'Association des fournisseurs de télévision câblée a reconnu qu'il s'agissait de censure. La directrice de Dojd Natalya Sindeyeva a affirmé mercredi que la répression était une punition orchestrée par le Kremlin à la suite de sujets de la chaîne sur des fonctionnaires corrompus.»

Dojd a notamment diffusé en direct les manifestations antigouvernementales de 2011 ou le procès des Pussy Riots, a largement couvert la crise ukrainienne et n'hésite pas à critiquer Vladimir Poutine. Le Président russe tente depuis plusieurs mois de «renforcer le contrôle de l'Etat sur un secteur déjà lourdement réglementé», écrivait Le Monde en décembre dernier.

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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