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Plongée dans la correspondance inédite d'Heinrich Himmler, chef de la SS et de la Gestapo

Annabelle Georgen, mis à jour le 28.01.2014 à 14 h 59

Himmler à Dachau, le 8 mai 1936. German Federal Archives/Sammlung Berlin Document Center.

Himmler à Dachau, le 8 mai 1936. German Federal Archives/Sammlung Berlin Document Center.

C'est une plongée glaçante dans l'intimité d'Heinrich Himmler, le chef de la SS et de la Gestapo, à laquelle le quotidien Die Welt invite ses lecteurs cette semaine. Un feuilleton multimédia en huit épisodes égrénés de jour en jour sur son site web.

Pour la première fois, des documents personnels ayant appartenu au dignitaire nazi et à ses proches sont rendus publics. Il s'agit de près de 700 lettres, de dizaines de photos et de journaux intimes dérobés par des GI à la fin de la Seconde Guerre mondiale dans la maison de campagne d'Himmler.

Disparus durant près de cinquante ans, ces documents ont finalement été retrouvés dans les années 1980 en Israël chez un survivant de l'Holocauste. Mais il aura fallu attendre encore vingt ans pour qu'une cinéaste israélienne, Vanessa Lapa, rachète ces documents inédits pour en faire la matière première d'un documentaire consacré à celui qui est souvent qualifié de «meurtrier du siècle». Son film, Der Anständige («Le convenable»), cofinancé par le groupe Die Welt, sera diffusé à la Berlinale en février.

L'authenticité de ces documents a été attestée par la Yad Vashem Archives Division en Israël, qui possède une des plus grandes collections en lien avec l'Holocauste. «Ces écrits privés avec sa famille nous permettent de faire une comparaison entre quelqu'un qui vit une vie apparemment normale en privé tout en dirigeant un crime de masse en public», explique son directeur, Haim Gertner, cité par l'Associated Press.

Parmi la correspondance d'Heinrich Himmler se trouve un grand nombre de lettres échangées avec sa femme Margarete, surnommée «Marga». Comme l'écrit Die Welt:

«Les lettres envoyées au début par Himmler à sa femme parlent de choses banales au premier abord. Mais elles en disent long sur les pensées et la perception de soi d'un bureaucrate glacial et suffisant, qui a été le maître à penser et l'organisateur en chef de l'Holocauste.»

On y apprend notamment qu'Himmler aimait se présenter sous les traits d'un mercenaire dans les passages les plus enflammés de ses missives, fait remarquer Die Welt:

«Il se présentait ainsi lui-même comme "un mercenaire endurci par un combat de dix ans" (2 janvier 1928). Il aimait se décrire comme "sauvage" ou "brut", souvent comme "méchant". Visiblement, ces fantaisies le représentant sous les traits d'un combattant rude et indélicat devaient aussi jouer un rôle dans sa vie intime avec Marga.»

Parmi les centaines de lettres échangées entre Himmler et sa femme, on trouve également plusieurs passages où le jeune couple évoque sa haine partagée des juifs, souvent désignés par le mot «racaille» sous la plume de Margarete Himmler. Dans une missive datée du 21 juin 1928, son époux lui répond:

«Ne t'agace pas au sujet des juifs, bonne, bonne femme, je ne pourrais que t'aider.»

Mais si Himmler évoque ses «voyages» dans sa correspondance et envoie des photos, il n'écrit pas une ligne sur les camps de concentration et sur la solution finale. À peine se borne-t-il à écrire au bas d'une lettre:

«Je vais à Auschwitz. Baisers, ton Heini.»

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (343 articles)
Journaliste
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