MondeJO Sotchi 2014

L'opposant russe Alexeï Navalny publie une carte interactive de la corruption à Sotchi

Laurent Pointecouteau, mis à jour le 28.01.2014 à 12 h 30

Capture d'écran du site web d'Alexeï Navalny

Capture d'écran du site web d'Alexeï Navalny

Les JO de Sotchi ont désormais leur carte interactive de la corruption, toute en chiffres et infographies. C’est le militant Alexeï Navalny, le «Julian Assange russe», opposant au régime de Vladimir Poutine, qui a ainsi modélisé ses accusations sur son site web. Il y décerne également des médailles aux «champions de la course à la corruption», classées par «discipline sportive» («abus de confiance classique», «déclarations en freestyle» —les dérapages verbaux et déclarations erronées—…), et au milieu desquels trône évidemment Vladimir Poutine.

Sur la carte elle-même, chaque marqueur géolocalise une histoire de corruption, de conflit d’intérêts ou simplement de mauvaise gestion: un parc d’attractions construit par le gendre du gouverneur de la région, le village olympique où chaque lit «coûte autant qu’un T2 à Moscou», une piste de Formule 1 «construite par un judoka et un ami de Poutine», un hôtel bâti par le milliardaire Viktor Vekselberg, mais «financé à 92% par l’Etat»

«Le père a construit une piste de curling pour son fils, membre du Parlement russe» (Fiche de l'Ice Cube Curling Center de Sotchi sur le site d'Alexeï Navalny)

Le total estimé par Navalny des frais payés par «les citoyens de Russie» serait de 1.500 milliards de roubles (environ 32 milliards d’euros), «cinq fois plus cher qu’à Vancouver et quatorze fois plus qu’à Turin». Un chiffre qui, comme le fait remarquer le site, est très éloigné des 4,5 milliards d’euros qu’évaluait Poutine, mais plus proche des 40 milliards d’euros évoqués par le vice-Premier ministre russe Dmitri Kozak en février 2013.

Le site met à disposition ses calculs détaillés (en russe) pour justifier ce résultat; cependant, comme l’explique Associated Press, Navalny «ne semble pas disposer de preuves solides des détails de la corruption dans les projets de construction».

Il n’empêche qu’Alexeï Navalny est loin d’être le premier à formuler de telles accusations. Le 8 janvier dernier, un des membres du CIO, Gian-Franco Kasper, supposait à la télévision suisse qu’un tiers du budget des JO aurait été détourné en pots de vins et commissions occultes. Kasper expliqua deux jours plus tard à AP qu’il s’était contenté de répéter «ce que tout le monde dit en Russie», sans pour autant en savoir davantage.

Plus tôt en 2013, l’opposant politique Boris Nemstov, ancien ministre de Boris Eltsine, avait publié deux rapports à charge sur le financement des JO de Sotchi, en mai et en décembre. Selon le premier de ces rapports, cité par l’Express:

«Les Jeux olympiques sont un projet personnel pour Poutine et il est clair que ceux qui ont volé l'argent sont ceux qui sont proches de ce même Poutine.»

Ce mardi 28 janvier à 20h50, Arte prévoit la diffusion d’un documentaire titré Quand Poutine fait ses jeux, décrit sur le site de la chaîne comme une «enquête à charge [qui] dévoile un projet kafkaïen»:

«Les intérêts financiers en jeu s'avèrent colossaux et la gestion du chantier reste opaque. Et pour cause: on rapporte des faits de corruption systématique des fonctionnaires, de gigantesques détournements de fonds, en passant par des intimidations, menaces de mort et autres pratiques mafieuses.»

Laurent Pointecouteau
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