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Y aura-t-il un vrai salaire minimum en Allemagne?

Annabelle Georgen, mis à jour le 28.01.2014 à 10 h 14

L'entrée d'une agence pour l'emploi à Eichstatt. REUTERS/Michael Dalder.

L'entrée d'une agence pour l'emploi à Eichstatt. REUTERS/Michael Dalder.

Alors qu'il constituait la grande promesse de l'accord de coalition conclu l'an dernier entre le Parti chrétien-démocrate (CDU) d'Angela Merkel et le Parti social-démocrate (SPD), il se pourrait que le salaire minimum à 8,50 euros de l'heure, qui devrait entrer en vigueur au 1er janvier 2015 en Allemagne, ne soit jamais véritablement appliqué.

Deux millions de travailleurs pourraient bien ne pas en bénéficier, comme le laissent craindre les estimations de l'institut socio-économique WSI, placé sous la tutelle de la fondation allemande Hans-Böckler, proche des syndicats. En cause, la possibilité que le gouvernement allemand cède aux revendications d'une partie de la CDU/CSU et du patronat, qui demandent à ce que des dérogations soient appliquées pour certaines catégories d'employés.

Arguant qu'il fallait «faire des lois adaptées à la vie réelle», Horst Seehofer, le chef de la CSU, la branche bavaroise du parti chrétien-démocrate, estimait par exemple lors d'un entretien au Welt am Sonntag en décembre qu'il fallait exclure tous ceux qui occupaient un emploi pour améliorer leur quotidien, tels les étudiants ou les retraités.

«Si ces revendications étaient appliquées, le salaire minimum deviendrait un "gruyère"», mettent en garde les chercheurs de la Hans-Böckler-Stiftung, qui poursuivent:

«En 2012, le salaire horaire de près de 5,25 millions d'actifs occupés était situé en-dessous de 8,50 euros. Si le salaire minimum ne s'appliquait pas aux petits boulots, aux retraités, aux écoliers, aux étudiants et aux chômeurs qui travaillent, deux millions ou 37% des travailleurs pauvres en seraient exclus. Sans exception qui concernerait les travailleurs à temps partiel, cela concernerait encore tout de même un quart d'entre eux.»

Si ces exceptions venaient à être appliquées, cela pourrait également avoir des conséquences négatives pour les travailleurs bénéficiant d'un salaire minimum. Ceux-ci pourraient avoir plus de difficultés à trouver un emploi face à la concurrence que représenteraient des salariés à moindre coût. Comme l'explique Reinhard Bispinck, directeur du WSI:

«Le salaire minimum généralisé est un instrument judicieux pour contrer les évolutions négatives du marché du travail allemand et de l'évolution des salaires. Mais pour cela, il doit être en vigueur pour tous les contrats de travail.»

Annabelle Georgen
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