Monde / Culture

Peut-on résumer l’holocauste à un seul mot?

Temps de lecture : 2 min

Extrait d'une des pages de «And Every Single One Was Someone»
Extrait d'une des pages de «And Every Single One Was Someone»

Six millions de fois imprimé: le mot juif. C’est le seul qui s’étale, autant de fois que de personnes assassinées pendant la Shoah, dans un nouveau livre intitulé And Every Single One Was Someone («Et chacun d’entre eux était quelqu’un»).

Cet ouvrage, explique le New York Times, veut être une sorte de monument de mémoire, «un déclencheur de conversation», un «agitateur de pensées».

«Quand vous regardez le livre d’un peu loin, vous ne pouvez pas dire dans quel sens le mot est écrit, vous ne pouvez même pas lire ce qui est écrit, c’est juste comme un motif», explique Phil Chernofsky, l’auteur, au quotidien américain.

«C’est ainsi que les nazis percevaient leurs victimes: ce ne sont pas des individus, ce ne sont pas des gens, juste une masse qu’il faut exterminer.»

«Mais rapprochez-vous, mettez vos lunettes et choisissez un “juif”», continue Chernofsky.

«Ce juif-là pourrait être vous.»

La mémoire et l'anonymat

Le principe de cet anonymat d’abondance a déjà été exploré, rappelle le New York Times: il y a près d’une décennie, par des élèves du Tennessee qui avaient décidé de rassembler six millions de trombones par exemple ou par les piles de chaussures ou de lunettes qui restent exposées, dans des vitrines, dans les anciens camps.

Mais cela va aussi à l'encontre la logique de Yad Vashem, le mémorial de l’Holocauste à Jérusalem, qui s’efforce de documenter très précisément l’identité des millions de victimes juives.

En 2010, quand le mémorial avait annoncé avoir réussi à identifier les deux tiers des victimes du génocide, les noms retrouvés dépassant désormais quatre millions de personnes, le président de l’institution, Avner Shalev, avait expliqué: «Les Allemands ont cherché non seulement à détruire les juifs, mais aussi à effacer tout souvenir d'eux», ce qui les avait conduit «à un travail sans relâche pour rendre un nom et une identité à autant que possible des six millions de juifs assassinés par les nazis et leurs complices».

Dans un article de 2005, Libération rappelait: «“Tout homme possède un nom” est le leitmotiv de l'entreprise de mémoire de Yad Vachem.»

Charlotte Pudlowski journaliste, créatrice et rédactrice en chef du podcast Transfert

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