C'est dans l'actuMonde

La liberté perd-elle vraiment du terrain dans le monde?

Joshua Keating, mis à jour le 24.01.2014 à 17 h 04

Les opposants au président égyptien Mohamed Morsi, mercredi 3 juillet place Tahrir, au Caire. REUTERS/Suhaib Salem

Les opposants au président égyptien Mohamed Morsi, mercredi 3 juillet place Tahrir, au Caire. REUTERS/Suhaib Salem

La Freedom House a publié son rapport annuel Freedom in the World pour 2014, qui classe tous les pays du monde en tant que «libres», «en partie libres», ou «non libres» selon leurs droits politiques et leurs libertés civiles. Comme cela a déjà été le cas ces huit dernières années, Freedom House estime que la liberté perd du terrain dans le monde:

«Le nombre de pays désignés par Freedom House comme "libres" en 2013 s’élevait à 88, représentant 45% des 195 régimes politiques existant dans le monde et 40% de la population mondiale. Soit deux de moins que lors du rapport de l'année précédente.

Le nombre de pays qualifiés de "partiellement libres" s’élevait à 59, ou 30% de tous les pays sondés, soit 25% de la population mondiale. Une augmentation de un  par rapport à l’année dernière.

Un total de 48 pays ont été jugés "non libres", représentant 25% des régimes politiques mondiaux. Le nombre de personnes vivant sous des conditions "non libres" s’élevait à 35% de la population mondiale, bien que la Chine représente plus de la moitié de cette portion. Soit un de plus depuis 2012.

Le nombre de démocraties représentatives a augmenté de 4 et s’élève à 122, avec le Honduras, le Kenya, le Népal et le Pakistan qui ont acquis cette désignation.

Un pays est passé de "non libre" à "partiellement libre": le Mali. La Sierra Leone et l’Indonésie sont tombées de "libres" à "partiellement libres", tandis que la République centrafricaine et l’Egypte sont passées de "partiellement libres" à "non libres".»

Au cas où vous seriez curieux, comme moi, la perte du statut «libre» de l’Indonésie est due à «l’adoption d’une loi qui restreint les activités des organisations non gouvernementales, qui augmente le contrôle bureaucratique de ces groupes et qui leur exige de supporter l’idéologie nationale, le Pancasila, y compris son composant monothéiste explicite».)

Mais la liberté est-elle vraiment en train de faire un pas en arrière? Le politologue Jay Ulfelder porte un regard sceptique à la notion de «récession démocratique», considérant que la moitié des baisses de scores que nous avons vu au cours de ces huit dernières années se sont passées au Moyen-Orient, et dans l’ex-Union soviétique, des régions qui, pour commencer n’étaient pas exactement bastions de la démocratie, donc ce que nous voyons n’est pas «principalement le résultat de plus en plus de démocraties glissant dans l’autoritarisme; c’est plus le fait que de nombreuses autocraties existantes continuent de serrer les vis».

Je pense que ce que nous voyons est plus une question de fluctuation dans les pays qui sont membres de longue date de l'une ou l'autre catégorie. Il n'y a pas eu une tendance importante vers les pays qui ont soit adopté pleinement la démocratie ou l'ont abandonné depuis un certain temps. Mais comme mon ancien collègue Christian Caryl affirmait dans un débat récent parrainé par The Economist, la chose importante à retenir c’est que «de nombreux citoyens ne voient pas la démocratie comme une fin en soi. Les gens veulent la liberté, ça c’est sûr, mais ils aspirent également à la croissance économique, à la justice sociale et à la sécurité. Lorsque les dirigeants élus ne parviennent pas à produire ces biens publics, les électeurs ne peuvent guère être blâmés pour leur désillusion».

Les pays inquiétants à surveiller en termes de tendances mondiales vers ou loin de la démocratie ne sont pas la Chine ou la Russie, pour le moment, du moins, ces derniers semblent être des causes perdues, mais des endroits comme la Thaïlande, où des milliers d'habitants de Bangkok ont envahi les rues exigeant que le système électoral du pays soit remplacé par un conseil populaire désigné sans élections. Ou en Egypte, où de nombreux «libéraux» ostensibles cette année ont soutenu le coup d'état militaire contre le gouvernement élu du pays.

Vous n'avez pas à être un partisan des Frères musulmans ou de la famille Shinawatra pour craindre que la plupart des gens qui devraient être la plus grande force pour la consolidation démocratique dans ces pays, les jeunes, les libéraux, les éduqués, les classe moyenne, les citadins, ne semblent plus croire, et pour cause, que dans certains cas, la démocratie représentative est la meilleure garante soit du progrès économique soit de leurs propres droits.

Freedom House classe les pays à la fois selon les «droits politiques» et les «libertés civiles», mais ce qui semble être le plus inquiétant pour moi c’est que de plus en plus de gens semblent penser que les deux ne sont pas liés.

Joshua Keating

Traduit par A.L.S

Joshua Keating
Joshua Keating (148 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte