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À vendre, tableau d'Adolf Hitler. Néonazis s'abstenir

Annabelle Georgen, mis à jour le 20.01.2014 à 18 h 19

Adolf Hitler, en 1937. Deutsches Bundesarchiv via Wikimédia Commons.

Adolf Hitler, en 1937. Deutsches Bundesarchiv via Wikimédia Commons.

À première vue, l'aquarelle couleur sépia représentant la Mariannenplatz, à Munich, n'a rien d'extraordinaire. À un détail près, et pas des moindres: en bas à gauche du tableau, le peintre a signé: «A. Hitler». La toile a été achetée en 1916 par les grands-parents de Lisa Elflein (le nom et le prénom ont été changés par la Tageszeitung, qui raconte l'histoire), à l'époque où Hitler était un parfait inconnu en Allemagne. Sur l'acte de vente de l'époque, le vendeur a d'ailleurs mal orthographié le nom, l'aquarelle y étant désignée sous les termes de «peinture de Hiller».

Pendant des années, la famille ignore la véritable identité du peintre. Ce n'est qu'au début des années 1940 que les Elflein se rendent compte que le tableau a été signé de la main du Führer, à l'époque où celui-ci se rêvait peintre. Recalé à deux reprises à l'examen d'entrée de l'Académie des Beaux-Arts de Vienne, Adolf Hitler a tout de même continué à peindre et dessiner pendant plusieurs années, jusqu'à que la Première Guerre mondiale éclate, laissant derrière lui entre 2.000 et 3.000 peintures et dessins —l'hebdomadaire Der Spiegel en présente une sélection sur son site.

C'est cette découverte tardive de la véritable identité du peintre qui explique que la famille Elflein soit toujours en possession du tableau: en 1938, Hitler engagea des recherches dans tout le Reich pour récupérer ses toiles, les rachetant à des prix faramineux, archivant celles qu'il considérait comme étant réussies et faisant détruire les autres. Lorsque l'Allemagne entra en guerre, les recherches furent abandonnées.

Près de cent ans après l’acquisition du tableau par la famille, Lisa Elflein et ses cousins souhaitent désormais se débarrasser de cet héritage gênant, qui dort dans un coffre à la banque. S'il est très difficile de différencier les tableaux peints par Hitler des nombreux faux qui circulent sur le marché de l'art —d'après les historiens, Hitler n'avait pas de style qui lui soit propre, il se contentait de copier les peintres de son temps—, il existe un marché florissant dans les pays anglo-saxons, comme l'écrit Die Tageszeitung:

«Là-bas, les tableaux sont régulièrement vendus aux enchères à des sommes énormes. Des originaux comme des faux. Cela arrive très rarement en Allemagne et quand c'est le cas, la plupart du temps en catimini dans des maisons de vente aux enchères sans importance.»

Deux aquarelles attribuées à Hilter ont ainsi été vendues en 2009 à Nuremberg pour 32.000 euros. Une somme bien trop élevée eu égard à la qualité artistique des tableaux, d'après les historiens de l'art. D'après un des employés d'une maison de vente aux enchères située à Munich, il existerait également «un cercle de collectionneurs, petit mais en augmentation, aux États-Unis et en Russie».

Mais pas question pour Lisa Elflein que le tableau atterrisse aux mains de néonazis. Le problème, c'est qu'aucun musée d'art allemand n'en veut. Seules les archives d'État se montrent intéressées pour l'instant, mais ne sont pas prêtes à débourser un euro pour acquérir l'aquarelle. Il y a donc de grandes chances pour que l'embarrassant héritage continue de se transmettre du bout des doigts de génération en génération chez les Elflein.

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (344 articles)
Journaliste
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