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Vos SMS sont une «mine d'or» pour les services secrets

Andréa Fradin, mis à jour le 17.01.2014 à 12 h 22

Mobile phone / Dominik Sika via FlickR Licence CC by

Mobile phone / Dominik Sika via FlickR Licence CC by

Vous ne pouvez pas vous passer de votre portable? Ça tombe bien, la NSA non plus!

Dans un énième wagon de révélations s’appuyant sur les documents d’Edward Snowden, The Guardian, en association avec la chaîne anglaise Channel 4 News, nous apprend que l’agence de renseignement américaine a collecté «près de 200 millions de SMS par jour à travers le monde». Un matériel qu’elle qualifierait carrément de véritable «mine d’or», à en croire des notes confidentielles en date de 2011.

Ces dernières présentent par le menu les très nombreuses opportunités qu’offre le suivi attentif des de textos échangés autour du globe; un programme que la NSA a intitulé «Dishfire»:

«[…] extraire des informations sur les déplacements des gens, leurs carnets de contacts, leurs transactions financières et bien plus –le tout en incluant les personnes qui ne sont pas suspectées d’activité illégale.»

En clair, Dishfire peut récupérer «à peu près tout ce qu'il peut», pour reprendre les termes employés dans des documents du GCHQ, l’équivalent britannique de la NSA, consultés par The Guardian. Pour avoir une petite idée de l’ampleur que ça représente, le journal britannique précise que la méthode permettrait d’engranger «76.000 textos», «plus de 800.000 transactions financières», «110.000 noms», «les détails sur 1,6 million passages à la frontière» (grâce aux alertes envoyées par les opérateurs sur le prix des communications dans le nouveau pays), ou «plus de 5 millions d’appels manqués» –utilisés pour retracer le réseau social d’un abonné. Le tout en un jour.

Pas une surprise

S’il est ici étayé et disséqué, l’intérêt des Etats-Unis pour les téléphones portables n’est pas vraiment une surprise: en octobre dernier, le monde entier apprenait que la chancelière allemande Angela Merkel elle-même n’avait pas échappé à ce mode de surveillance. L’information était sortie en plein Conseil européen, qui réunit les chefs d’Etats de 28 pays du Vieux continent. 35 autres chefs d’Etat auraient également été visés. Interrogé, François Hollande avait pour sa part indiqué ne pas avoir «d’éléments», tout en refusant d’abandonner son mobile:

«Je ne procède pas par le morse! […] Ce n'est pas parce qu'il y a des interceptions qu'il faudrait revenir à d'autres modes de communciation qui pourraient d'ailleurs être surveillés.»

Les chefs d’Etat européens avaient profité de l’occasion pour exiger des Etats-Unis «des informations sur le passé et des règles de conduite pour l'avenir», à en croire les mots du Président français.

» Lire:  «François Hollande, qui "ne parle pas le morse", estime qu'"On ne s'espionne pas entre alliés!"»

Le nouvel éclairage apporté par la presse britannique vient renforcer un peu davantage cette pression, alors même que Barack Obama doit initier ce vendredi 17 janvier une série de réformes au sein de la NSA. Il envisagerait «d'étendre les protections de la vie privée [dont bénéficient déjà les citoyens américains] aux citoyens non-américains», selon des informations du Wall Street Journal.

De leur côté, les agences de renseignements américaine et britannique ont répondu laconiquement au Guardian, se défendant de tout abus de pouvoir ou d'action illégale. Consciente de flirter avec la légalité, elles auraient néanmoins pris certaines précautions, précise encore le journal.

«Les communications en provenance de numéros américains ont été enlevées (ou "minimisées") de la base de données» et seules les métadonnées (qui envoie, à qui, à quelle heure, de quel endroit?) des SMS envoyés par les ressortissants britanniques auraient été consultées. Les services secrets ne sont en effet «pas autorisés à chercher dans le contenu des messages sans mandat». En revanche, «les avocats de l’agence ont décidé que ses analystes pouvaient voir à qui les numéros de téléphone anglais envoyaient des textos, en les recherchant dans une base de données».

Une distinction subtile qui repose une fois de plus la question de l'intérêt des métadonnées: est-ce réellement plus protecteur de la vie privée de scruter les informations qui entourent les communications (SMS, mails ou appels téléphoniques) au lieu d'en écouter ou d'en lire le contenu propre? A en croire la loi, oui, mais le débat est loin d'être tranché, y compris en France, particulièrement à la lumière de l'efficacité des dispositifs de surveillance mis en place par les Etats-Unis.

» Lire:  «Métadonnées: voilà à quoi ressemble ce que la DGSE peut savoir de vous»

Pour l'Aclu, une association américaine de défense des libertés (très impliquée dans les affaires d'atteinte à la vie privée), l'argument selon lequel «les métadonnées n'ont aucune importance», ou «ne révèlent rien» est invalide. Elle s'appuie notamment sur l'étude de deux étudiants du MIT (Massachusetts Institute of Technology), qui, à partir des métadonnées d'une adresse mail (date et heure d'envoi des emails, destinataires) réussissent à retracer une carte précise de vos relations sociales et leur variation à travers le temps. Une petite expérience –un peu flippante– à laquelle vous pouvez vous prêter sur leur site.

A.F.

Andréa Fradin
Andréa Fradin (204 articles)
Journaliste
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