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Éolien: comment les économies des Allemands pourraient s'envoler

Annabelle Georgen, mis à jour le 15.01.2014 à 16 h 40

Une éolienne près de Emden, en Allemagne. REUTERS/Ina Fassbender.

Une éolienne près de Emden, en Allemagne. REUTERS/Ina Fassbender.

Sur le papier, l'offre était alléchante, à la fois sur un plan éthique et financier: en plaçant ses économies dans l'éolien, on pouvait soutenir le développement des énergies vertes tout en bénéficiant de taux d'intérêts élevés.

Créée dans les années 1990 par un comptable allemand, Carsten Rodbertus, qui voulait «changer le monde» après la catastrophe de Tchernobyl, comme l'écrit le quotidien Die Welt, la société Prokon exploite aujourd'hui 314 parcs éoliens en Allemagne et en Pologne. En «appâtant avec des taux d'intérêts de rêve de 6% minimum […] et la bonne conscience écologique», explique l'hebdomadaire Die Zeit, la société est parvenue ces dernières années à lever 1,4 milliard d'euros auprès de 75.000 investisseurs, dont la plupart sont de petits épargnants.

Ces derniers tremblent désormais à l'idée de voir leurs économies s'envoler. Prokon vient en effet d'annoncer que, suite au départ de nombreux clients, elle n'était plus en mesure de verser leurs dividendes aux investisseurs restants. Dans un courrier envoyé à ses clients la semaine dernière, l'entreprise les somme de s'engager à ne pas retirer leurs placements avant octobre 2014 et à renoncer à leurs dividendes. Sans cela, elle menace de déposer le bilan.

Affolés par la perspective de perdre leur précieux pécule, 2.800 clients de Prokon se sont d'ores et déjà réunis cette semaine sous la bannière des «Amis de Prokon» pour tenter de convaincre les autres épargnants de ne pas retirer leurs billes.

Pour de nombreux experts de la finance, cette annonce est la preuve que le modèle mis en place par Prokon, étonnamment rentable pour le secteur des énergies renouvelables, n'était pas viable. Depuis plusieurs années, le fonds d'investissement est soupçonné d'être une vaste escroquerie qui reposerait sur un système de vente pyramidale. Une version corroborée par l'attitude suspecte de la direction de Prokon qui, après avoir brandi l'étendard de la transparence durant des années, ne publie désormais plus que des versions très parcellaires de ses bilans, note Die Welt:

«Les fragments [de bilans] rendus publics amènent à conclure que Prokon ne dégage pas de ses activités les moyens permettant de payer leurs dividendes aux investisseurs. C'est pourquoi les associations de consommateurs soupçonnent l'entreprise de payer les intérêts avec l'argent de nouveaux investisseurs. Ils s'agirait d'un système "boule-de-neige".»

De son côté, le directeur du fonds d'investissement, Carsten Rodbertus, s'estime victime d'une «campagne médiatique dirigée contre [son] entreprise».

Les professionnels de la branche craignent que les déboires de Prokon ne découragent à l'avenir les investisseurs potentiels de placer leur argent dans les énergies vertes et ralentissent la transition énergétique lancée par l'Allemagne. C'est notamment le cas de Jörg Weber, fondateur du portail d'investissement ECOreporter, qui prédit:

«La propension des investisseurs à placer leur argent dans des unités de production d'électricité verte va baisser à cause de tels exemples.»

Annabelle Georgen
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