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Le Mémorial de l'Holocauste de Berlin a été profané. Mais est-il respecté habituellement?

Le Mémorial de l'Holocauste / via Wikimedia Commons

Le Mémorial de l'Holocauste / via Wikimedia Commons

En marge de la grande fête organisée pour la Saint-Sylvestre devant la Porte de Brandebourg, à Berlin, le Mémorial aux juifs assassinés d'Europe, situé à quelques dizaines de mètres du monument, a été profané. C'est ce que révèle cette semaine le quotidien israélien Haaretz, qui met en ligne une vidéo YouTube où l'on peut voir un groupe de jeunes hommes passablement éméchés en train de sauter et d'uriner sur quelques-unes des 2.711 stèles de béton qui composent le mémorial, de faire des graffitis et de lancer pétards et feux d'artifices.

Selon le quotidien israélien, ni les policiers présents sur les lieux ni les passants ne seraient intervenus pour arrêter ces actes de vandalisme. Une affirmation dont se défend Thomas Neuendorf, porte-parole de la police berlinoise, dans le journal juif allemand Jüdische Allgemeine:

«Si mes collègues avaient vu ça, nous nous serions interposés.»

Situé en dehors de la zone où avaient lieu les festivités du Nouvel an, libre d'accès et très peu éclairé, le monument n'était placé cette nuit-là que sous la surveillance de six agents de sécurité embauchés par la Fondation qui gère le mémorial, qui n'ont pas pu intervenir face au grand nombre de fêtards alcoolisés qui ont profané les lieux. D'après le quotidien berlinois Der Tagesspiegel, une cinquantaine de personnes auraient vandalisé le mémorial. Le Jüdische Allgemeine évoque lui «des centaines» de personnes. D'après certains témoignages rapportés par la presse berlinoise, certains vandales auraient porté des vêtements signalant leur appartenance à la mouvance d'extrême droite. Mais la mauvaise qualité de la vidéo ne permet pas de le vérifier.

Contacté par Der Tagesspiegel, le service de presse du consulat d'Israël à Berlin a fermement condamné ces actes:

«Nous sommes épouvantés par ce comportement horrible dans un lieu de mémoire si important. Néanmoins nous sommes persuadés que les autorités allemandes feront tout pour empêcher que de tels événements se produisent à l'avenir.»

Accès libre

Depuis son ouverture en 2005, le Mémorial de l'Holocauste a toujours été libre d'accès, conformément à la volonté de l'architecte Peter Eisenman. Si de tels actes de vandalisme n'avaient encore jamais été rapportés, le mémorial est depuis longtemps la cible de graffeurs, et il est habituel en journée de voir les touristes faire montre d'une absence de respect totale pour le lieu où ils se trouvent en s'asseyant sur les stèles pour regarder confortablement leur plan ou pique-niquer comme s'il s'agissait de bancs publics, et les enfants s'amuser à sauter de stèle en stèle. La nuit, il n'est pas rare que le lieu soit fréquenté par des couples aventureux ou des prostituées et leurs clients.

Le lieu est également devenu le décor d'une pratique étrange, dont parlait Vice l'an dernier: les utilisateurs de l'app de rencontres destinée aux gays Grindr sont de plus en plus nombreux à se faire photographier entre les stèles de béton et à utiliser ces clichés pour leur photo de profil. Une curiosité à laquelle rend hommage le blog anglais Grindr Remembers, qui compile des dizaines de ces portraits. Les deux auteurs du blog, Ariel Efraim Ashbel et Romm Lewkowicz, deux amis israéliens vivant à Berlin et à Londres, ne sont pas du tout choqués par cette drôle de mode, qu'ils trouvent plutôt amusante.

Selon le second, celle-ci n'aurait rien d'antisémite mais serait liée au fait que Berlin attire de nombreux touristes gays et que la beauté graphique du lieu les séduirait plus que la Porte de Brandebourg, autre symbole du tourisme:

«Pour la plupart c'est certainement un hasard. […] Les homos se rendent à Berlin, parce qu'il y a là beaucoup d'autres homos et beaucoup de clubs. Ils passent six jours dans les clubs et le septième ils font une visite guidée des curiosités. Ils sont en vacances, c'est pourquoi ils visitent le mémorial et font une quantité de photos. Il y a un fond neutre, alors ils enlèvent leurs T-shirts et ils prennent la pose. Je ne sais pas pourquoi.»

Après les événements survenus la nuit du Réveillon, la Fondation qui gère les lieux réfléchit désormais à la pose d'une clôture temporaire lors des événements à risque.

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