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Le quotidien néerlandais De Volkskrant se moque d'Hollande, mais est encore plus critique avec Obama

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 02.01.2014 à 15 h 36

Détail de la double page publiée par De Volkskrant sur Barack Obama et Kim Jong-un.

Détail de la double page publiée par De Volkskrant sur Barack Obama et Kim Jong-un.

Ces derniers jours, une reproduction d'une double page du quotidien néerlandais De Volkskrant en date du 31 décembre 2013 a pas mal circulé sur les réseaux sociaux. On y voit (l'article est en accès payant sur le site du journal), sous le titre «La main de personne», une série de photos de François Hollande où le président français semble être «snobé» par son interlocuteur à qui il veut serrer la main, qu’il s’agisse du président iranien Hassan Rohani, du président de la Commission européenne José Manuel Barroso, du Premier ministre russe Dmitri Medvedev ou de la Première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt.

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Le Huffington Post explique à cette occasion que cet «exercice qui relève davantage de l'humour que de la critique diplomatique» est une nouvelle preuve que «le Hollande bashing n'en finit plus de traverser les frontières». Si besoin est, assorti d’une bonne dose de mauvaise foi: «La quasi-totalité de ces images ont en effet été prises un quart de seconde avant que l'interlocuteur de François Hollande ne saisisse la main qui lui était tendue», note le site, qui pointe par ailleurs que, alors que cette double page est publiée dans le cadre de la retro 2013 du Volkskrant, certaines photos datent de novembre... 2012.

Mais si François Hollande, au final, n’était pas le plus à plaindre? Le traitement réservé la veille à Barack Obama était en effet encore plus ravageur. Sur le même principe, le quotidien néerlandais a publié une double page consacrée aux «photos de propagande de Pyongyang et de la Maison Blanche», où il met en regard des photos du dictateur Kim Jong-un et du président Obama.

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On y voit les deux chefs d’Etat au milieu d’enfants, en train de tirer au fusil, d’écouter un musicien, de contempler un tableau... «Cela n'est pas Obama, cela est encore moins Kim Jong-un. C'est la façon dont ils veulent être contemplés. Ce sont des selfies créés avec l'aide d'autres personnes», écrit De Volkskrant.

Bien sûr, le rapprochement est radical, et là encore épicé d'une dose de mauvaise foi. Mais il met à juste titre le doigt sur le malaise qu'on peut parfois ressentir en voyant les clichés très calibrés et intelligents diffusés par le service de presse de la Maison Blanche –qu'on se souvienne de la photo de la situation room le jour de la mort de Ben Laden ou de la célèbre photo de victoire diffusée lors de la réélection d'Obama.

«Ce sont des photos Canada Dry: on a l’impression de voir l’intimité mais c’est seulement une image de l’intimité», nous expliquait en 2012 le photographe Olivier Roller, à qui nous avions demandé, avec certains de ses confrères français, de commenter des clichés officiels d'Obama.

Et si la critique de le «propagande» supposément orchestrée par le photographe présidentiel Pete Souza est un classique de la droite américaine, elle est aussi le fait de médias sérieux. Fin novembre, l'Association des correspondants à la Maison Blanche (WHCA), dont fait notamment partie l'Agence France-Presse, a envoyé au porte-parole de la Maison Blanche Jay Carney une lettre lui reprochant d'empêcher les médias de «photographier ou filmer le président dans l'exercice de ses fonctions officielles», pour lui préférer les photos prises par Pete Souza, de véritables «communiqués de presse visuels».

L'agence américaine Associated Press a critiqué à plusieurs reprises ces derniers mois les contraintes exercées sur son travail par la Maison Blanche, qui laisse le champ libre dans les médias à sa «machine» médiatique, faisant «invariablement du président un être imposant, compatissant et réactif»:

«Dans ce monde-là, la famille Obama est constamment photogénique, le chien présidentiel Bo se comporte toujours bien et les légumes du jardin de la Maison Blanche ont systématiquement l'air succulents. Pour des gaffes, des petits défauts ou des points de vue contraires, prière de regarder ailleurs.»

L'hebdomadaire National Journal affirmait lui récemment que Doug Mills, un photographe du New York Times, se serait livré devant Jay Carney à une comparaison entre le travail de la Maison Blanche et... celui de Tass, l'agence officielle qui chantait les louanges du Kremlin sous le communisme.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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