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Après la Suède, la Chine veut (re)neutraliser ses pronoms personnels sujets

Alice Bru, mis à jour le 27.12.2013 à 16 h 52

Fundamentally neutral / Anthony Easton via Flickr CC license by

Fundamentally neutral / Anthony Easton via Flickr CC license by

Après la Suède, c'est au tour de la Chine de neutraliser le genre de ses pronoms sujets. Enfin, plus précisément de les re-neutraliser, précise Victor Mair, professeur de chinois à l'Université de Pennsylvanie sur le blog LanguageLog.

Alors que les Suédois en ont créé un de toutes pièces (dans la langue de Stieg Larsson, «il» se dit «han», «elle», «hon» et le neutre, donc, «hen»), notamment pour permettre à leurs enfants «d'être la personne qu'ils veulent être», les Chinois avaient autrefois un seul pronom sujet. Celui-ci se prononçait «tā» et s'écrivait originellement 他, avec le radical «humain» (le radical étant une partie du caractère chinois ou du mot apportant une information sémantique ou linguistique), et s'utilisait aussi bien pour le féminin, le masculin et le neutre – «il» et «elle».

Au début du XXe siècle, les pronoms chinois se sont genrés, probablement pour mimer la grammaire occidentale. Un pronom féminin est apparu ) à l'écrit, 她 (avec le radical «femelle»), ainsi qu'un pronom neutre 它 (avec le radical «toit»).

Ces deux pronoms, s'ils s'écrivent différement de l'original, se prononcent en revanche de la même façon. Une vague tentative a bien eu lieu pour différencier les prononciations, mais en vain. Les prononciations «yī» pour le féminin et «tuō» pour le neutre ont vite été enterrées.

Par contre, les pronoms de la troisième personne se sont multipliés. Les animaux ont acquis le leur (牠, formé avec le radical «bœuf»), de même que les déités et autres esprits.

Face à cette inflation, les linguistes observent ces dernières années une tentative de revenir au pronom personnel sujet unique et sans genre, ne serait-ce que pour une question de simplicité.

«En tous cas, note Victor Mair, on remarque que certains locuteurs natifs ressentent le besoin d'utiliser le Pinyin (la transcription du chinois en caractères romains, ndlr) pour éviter d'indiquer le genre. Mon hypothèse est qu'ils procèdent ainsi, au lieu de simplement abandonner toutes les formes artificiellement genrées de la seconde et troisième personne et juste revenir au «tā» et au «nǐ» («tu») sans genre, parce que les caractères semblent en quelque sorte palpables et éternels. Une fois qu'ils existent, il est plus que difficile de s'en débarrasser. C'est pourquoi les rédacteurs de dictionnaires et designers de polices doivent faire avec les dizaines de milliers de caractères, même si une vaste majorité d'entre eux est complètement obsolète.»

Alice Bru
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