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Comment Hitler a tenté de réinventer Noël

Décorations de Noël nazies Monado via Flickr CC License by-sa

Décorations de Noël nazies Monado via Flickr CC License by-sa

Cet article a été originellement publié en décembre 2013.

Pendant les douze ans qu'a passés Hitler au pouvoir en Allemagne, il n’était pas question de laisser un seul aspect de la vie d’un Allemand hors du contrôle de l’État totalitaire, notamment quand un de ces aspects est une grande fête annuelle célébrant la naissance d’un juif. Les nazis ont donc pris soin d’accommoder Noël à leur sauce, comme le raconte cette rétrospective de Fast Company du 23 novembre 2013.

Nous vous avions déjà montré sur Slate.fr comment Hitler a fêté Noël 1941 (vous pouvez revoir les photos de son réveillon ici) et comment les nazis, épaulés par l’église protestante, ont purgé les chants de Noël de leurs références chrétiennes. L’article de Fast Company rappelle tout cela, et nous apprend également pourquoi la fête de Noël était une cible de priorité pour les nazis au pays d’O Tannenbaum: «l’idéal chrétien de la paix» qu’elle véhiculait «incarnait tout ce que méprisait Hitler». Il convenait donc de rendre la fête moins chrétienne, à commencer par les chants sus-évoqués, mais aussi par ce bedonnant père Noël, inspiré par un Saint Nicolas «clairement chrétien et très certainement non-aryen»:

«Et pourtant, le père Noël était si aimé que même les nazis n’eurent le courage de mener une guerre contre lui. Au lieu de cela, ils ont changé son nom. Les nazis affirmaient que la figure barbue vêtue de blanc qui passait dans les maisons et distribuait des présents était en réalité la divinité païenne Odin. Les chrétiens l’avaient seulement dérobé, mais le voilà à présent restitué.»

Comme le fait remarquer Fast Company, «les Allemands ont célébré le solstice d’hiver bien avant que le christianisme ne débarque dans le pays», ce qui a rendu d’autant plus aisée sa redéfinition par les nazis comme fête païenne, renommée à ce titre Rauhnacht, «la nuit rude», «un nom aux relents de violence». Pour parachever le tout, «au plus fort du révisionnisme nazi, les références au Sauveur furent changées en mentions du “Sauveur Führer”».

Plus généralement, outre l’aspect chrétien, c’était la dimension pacifique de Noël que la propagande nazie a dû corrompre, préférant parler dans un article de 1937 d’«une paix nationale domestique concrète». Comprendre: «qui ne peut vraisemblablement qu’être facilitée par l’élimination des ennemis de la nation comme les juifs, les tziganes, les communistes et les homosexuels», nous explique Fast Company.

Et malgré cela, le Noël façon nazi n’a pu résister à la nature belliqueuse du régime totalitaire, qui s’est exprimée jusque dans les décorations des sapins:

«En général, les décorations devinrent bien plus guerrières, et il n’était pas inhabituel d’accrocher des grenades et mitraillettes factices sur son arbre de Noël durant les années nazies. Mais elles sont également devenues de plus en plus chauvines. Parmi les décorations ayant survécu à l’ère nazie, se trouvent des balles argentées frappées de slogans tels que “Sieg heil!”, des boules rouges couvertes de svastikas, et des bibelots en forme de Croix de fer et d’aigles. Il existe même des petites têtes d’Hitler en métal (moustache comprise). À sa décharge toutefois, même Hitler ne les appréciait guère, ce qui a mené à des lois pour empêcher l’usage des symboles nazis comme objets de Noël

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