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Pourquoi on trouve des fusils d'assaut allemands en Géorgie ou en Libye

Annabelle Georgen, mis à jour le 20.12.2013 à 9 h 54

HK G-36KV / André Gustavo Stumpf via Flickr CC License by.

HK G-36KV / André Gustavo Stumpf via Flickr CC License by.

Sa légèreté et sa maniabilité en font une arme d'intervention très appréciée. En plus d'être le fusil d'assaut standard utilisé par la Bundeswehr, l'armée allemande, le HK G36, qui peut tirer 12 balles par seconde, a été entre autres adopté par l'armée espagnole et les unités de police du monde entier l'affectionnent tout particulièrement, de la France aux États-Unis en passant par l'Australie.

Mais curieusement, on voit aussi de plus en plus ce fusil dans des zones de conflits où il ne devrait pas se trouver. Comme en 2008, lors de la Deuxième guerre d'Ossétie du Sud, entre les mains des troupes géorgiennes, ou encore en Libye, où les rebelles avaient trouvé en 2011 de nombreux HK G36 neufs et encore emballés dans les stocks d'armes de Kadhafi.

Trois journalistes de l'hebdomadaire Die Zeit s'interrogent donc sur les ventes du fusil d'assaut à l'étranger, qui en font l'un des produits made in Germany qui s'exportent le mieux.

En Allemagne, qui continue de se positionner en puissance pacifique sur la scène internationale, bien qu'elle soit le troisième exportateur mondial d'armement, derrière les États-Unis et la Russie, la vente d'armes est soumise à l'approbation du gouvernement. Or, aucune autorisation d'exportation de fusils vers la Géorgie ou vers la Libye n'a été accordée à Heckler & Koch, l'entreprise qui fabrique cette arme, dont le siège se trouve dans le Bade-Wurtemberg. Une enquête est aujourd'hui en cours pour déterminer si elle aurait livré des armes à ces deux pays de façon illégale, ce que la direction de l'entreprise réfute catégoriquement.

La production du HK G36 échappe d'ailleurs à Heckler & Koch depuis qu'elle en a vendu la licence à l'entreprise saoudienne Military Industries Corporation (MIC), qui fabrique ces fusils depuis deux ans. Et ce, avec l'accord du gouvernement allemand et à la condition que l'Arabie Saoudite n'exporte pas ce modèle de fusil à l'étranger. Berlin avait alors commenté ainsi la signature de ce contrat:

«Le royaume d'Arabie-Saoudite est un partenaire important pour l'Allemagne, politiquement comme économiquement, tout comme dans le combat contre le terrorisme international. L'Arabie-Saoudite joue un rôle important dans la résolution de conflits régionaux.»

L'Arabie-Saoudite était d'ailleurs le premier client de l'Allemagne en matière de ventes d'armes en 2012. Un partenariat qui fait grincer des dents parmi les partis d'opposition au Bundestag. Katja Keul, députée Verte et spécialiste de l'armement, déclarait ainsi le mois dernier à la Deutsche Welle:

«L'Allemagne s'éloigne toujours de plus en plus d'une politique d'exportation stricte et ignore ses propres directives et les rapports sur les droits de l'homme.»

Et le député Die Linke (gauche radicale) Jan van Aken résumait ainsi l'attitude équivoque de l'Allemagne à ce sujet:

«Avec des grands mots, le gouvernement Merkel se place du côté des réformistes dans le monde arabe; avec ses exportations d'armes, il soutient les despotes.»

Pas étonnant que la grande coalition ait annoncé le mois dernier vouloir rendre les exportations d'armes plus transparentes vis-à-vis des élus du Bundestag à l'avenir, comme le rapportait Die Zeit.

Annabelle Georgen
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