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Comment une nounou crée une crise diplomatique entre l'Inde et les Etats-Unis

Temps de lecture : 2 min

Manifestation jeudi devant le consulat des Etats-Unis à Hyderabad, jeudi 19 décembre. REUTERS/Krishnendu Halder
Manifestation jeudi devant le consulat des Etats-Unis à Hyderabad, jeudi 19 décembre. REUTERS/Krishnendu Halder

L’arrestation musclée de la vice-consule indienne à New York pour une affaire de visa provoque la fureur des Indiens. «L’Inde n’est pas une république bananière», a tonné Kamal Nath, ministre des affaires parlementaires. «C’est un acte ignoble et barbare», a renchéri Shivshankar Menon, le conseiller national à la sécurité.

Cette affaire n’est pas la première qui touche des diplomates indiens aux Etats-Unis, mais c’est la manière dont elle s’est déroulée et le traitement infligé à la diplomate de 39 ans, mère de deux fillettes qui soulève l’indignation. Devyani Khobragade a été arrêtée et menottée devant l’école où elle déposait une de ses filles. Conduite dans un commissariat, elle y a été fouillée nue et ensuite mise dans une cellule. Elle a été libérée sous une caution de 250.000 dollars.

La justice américaine lui reproche d’avoir menti pour obtenir un visa de travail pour sa domestique indienne. Le salaire déclaré pour répondre aux exigences américaines était de 4.500 dollars alors qu’elle ne payait celle-ci que 530 dollars. Comme c’est souvent la pratique, un contrat est signé en Inde avant le départ, qui ne correspond pas à la législation du pays où va travailler la servante. Le salaire de 4.500 dollars est environ le montant perçu par la diplomate.

New Delhi prenant fait et cause pour Devyani Khobragade, les représailles pleuvent sur les diplomates américains en poste en Inde, la plus étrange étant le retrait par la police de toutes les barrières de protection autour de l’ambassade des Etats-Unis.

Les diplomates se sont vus retirer la plupart des privilèges réservés aux corps diplomatiques et l’ambassade ne pourra plus importer un certain nombre de produits hors taxes comme l’alcool. Les familles du personnel consulaire devront rendre leurs cartes diplomatiques. L’Inde a aussi demandé à l’ambassade américaine de lui fournir la liste de tout son personnel indien avec détails de leur travail et leurs salaires.

La fureur indienne tient aussi au fait qu’en Inde, toute personnalité officielle est quasiment affranchie des lois qui s’appliquent aux communs des mortels. Les officiels indiens se considèrent généralement au-dessus du lot commun et attendent respect et obéissance. Le moindre pouvoir est signe de privilège. Dans une société de castes qui reste très hiérarchisée, il est inconcevable de traiter ainsi une officielle, de plus une femme. Dans tous les aéroports indiens sont affichés des listes des personnes à ne pas fouiller et jamais une femme n’est fouillée devant tout le monde.

Cette crise diplomatique sans précédent depuis le réchauffement des relations entre les deux pays en 2000 risque de laisser des traces. Si la majorité des Indiens voient les Etats-Unis d’un œil favorable, dans cette crise, ils sont probablement nombreux à approuver les représailles à l’encontre de Washington.

Très pointilleux sur leur indépendance et très susceptible quant à la vision qu’ont les étrangers sur leur pays, les Indiens ont des relations complexes avec les Etats-Unis. A la confiance qui unit ces deux démocraties se mêle une méfiance indienne quant au comportement jugé hégémonique de Washington. L’alliance avec les Etats-Unis ne peut se concevoir pour l’Inde que sur un total pied d’égalité et le respect de ce que New Delhi estime être ses intérêts.

A six mois des élections générales qui se présentent mal pour le parti du Congrès au pouvoir, on ne peut aussi exclure une surenchère politique. Toute image d’une Inde forte et puissante est bonne pour les électeurs.

Françoise Chipaux

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