Pendant le ramadan, les musulmans sont plus pauvres mais plus heureux

A la mosquée El Houda à Alger, en août 2010. REUTERS/Louafi Larbi.

A la mosquée El Houda à Alger, en août 2010. REUTERS/Louafi Larbi.

Le ramadan a un effet négatif sur la croissance économique —phénomène qui avait déjà été évoqué auparavant, par exemple en Algérie— mais positif sur le bien-être et le bonheur. C'est la conclusion d'une étude menée par Filipe Campante et David Yanagizawa-Drott, deux chercheurs en politiques publiques de l’Université de Harvard, qui ont mené une étude croisant ramadan, résultats économiques et bien-être.  

Le nombre d’heures du jeûne pendant le ramadan (qui varie selon les pays et les périodes, puisqu'il est fonction de la durée du jour) a été croisé avec des données économiques récupérées dans un panel de 167 pays, musulmans (c'est à dire ou plus de 75% de la population se réclame de cette religion) ou non, entre 1950 et 2011.

D’un point de vue économique, «plus le jeûne dure longtemps pendant le ramadan, plus il a un effet négatif sur la croissance économique dans les pays musulmans». Les auteurs ont par exemple calculé que, si le ramadan devait durer en moyenne 13 heures par jour au lieu de 12, cela ferait baisser le taux de croissance économique de 0,7 point de pourcentage sur la période observée.

Par contre, quand on s'intéresse plus précisément à l'impact du jeûne sur la productivité, on n'observe pas de relation directe, alors que le ramadan est supposé provoquer une irritabilité et un manque de concentration chez les salariés. Pour le dire autrement: le ramadan n'affecte pas la croissance parce qu'il rend les salariés qui vont travailler moins productifs, mais parce que les salariés vont moins travailler pour se consacrer entièrement à la religion.

Les chercheurs se sont donc également intéressés au bonheur, ou «bien-être subjectif», des pays en question, grâce à des sondages conduits entre 1981 et 2008 dans 87 pays. Conclusion: chez les hommes comme chez les femmes, les effets de la pratique du ramadan sur le bien-être sont positifs, avec un effet plus important chez les secondes.

Si l’on reprend l’expérience précédente, celle de faire passer une journée de ramadan de 12 à 13 heures, les résultats simulés montrent une hausse de quatre points du taux de musulmans se déclarant heureux. La même expérience montre que la probabilité qu’un musulman soit satisfait de sa vie monte alors d’environ neuf points.

C'est le paradoxe de l'étude: ses résultats démontrent que «les musulmans deviennent plus heureux tout en devenant plus pauvres» pendant le ramadan. Explication de ce paradoxe par les chercheurs: l'effet du ramadan sur la croissance ne dérive pas de conséquence subies (une baisse de productivité) mais choisies (le fait d'accorder moins d'attention au travail) car «le ramadan conduit les musulmans à se soucier relativement plus de la religion et moins du travail et des récompenses matérielles». Il n'est donc pas contradictoire d'observer à cette période une croissance en baisse et un bonheur en hausse.