Un magazine LGBT doit-il sacrer le pape François «homme de l'année»?

Détail de la couverture du numéro de décembre 2013 de The Advocate. Voir la couverture en entier

Détail de la couverture du numéro de décembre 2013 de The Advocate. Voir la couverture en entier

Il n’y a pas que Time qui a fait du pape François sa personnalité de l’année. Il y a aussi The Advocate, le plus vieux magazine gay encore publié aux États-Unis, une véritable institution LGBT. Un choix audacieux qui froisse certains activistes gay-friendly, comme en témoigne Vocativ.

The Advocate, qui avait quelques jours plus tôt classé Frigide Barjot parmi les personnalités les plus homophobes de l’année, a en effet publié en une de son numéro de décembre un photomontage du pape arborant un «NO H8» —le nom de la campagne contre une initiative californienne visant à interdire le mariage gay— sur la joue, accompagné de la phrase qu’il a prononcé le 29 juillet dernier (et dont Henri Tincq avait analysé la portée pour Slate.fr) : «Si une personne est homosexuelle, qui suis-je pour la juger?». Cette déclaration a également valu au pape François une deuxième place dans le classement du «Top 10 des héros des droits des gays» qu’a publié le New Yorker.

The Advocate y voit là un progrès par rapport aux papes précédents, et surtout un acte à la portée plus large encore que les efforts de l’activiste américaine Edith Windsor, qui ont conduit cette année à l’abrogation d’une loi fédérale anti-mariage gay:

«Le pape François est le leader de 1,2 milliard de catholiques à travers le monde. Il y a trois fois plus de catholiques dans le monde que de citoyens des États-Unis. Que cela vous plaise ou non, ce qu’il dit peut faire la différence. Bien entendu, nous connaissons tous des catholiques qui contournent les préceptes moraux de leur religion. […] Mais rien de tout cela ne doit nous faire sous-estimer la capacité d’un pape à inciter les cœurs et les esprits à s’ouvrir aux personnes LGBT, non seulement aux États-Unis mais partout dans le monde.»

Mais pour d’autres, ce n’est pas une raison suffisante. Vocativ cite notamment l’activiste Jeremy Hooper, qui a exprimé son mécontentement via Twitter:

«Dites-donc, vous avez vu que le pape était un héros des droits LGBT? Auquel cas, plusieurs médias censés être mieux informés se feront une joie de vous vendre cette imposture.»

«L’inclusion du pape [dans le classement du New Yorker] est choquante, mal avisée et dangereuse»

«Honorer une personnalité de l’année n’est pas un pari—c’est une consécration. De nombreux sympathisants LGBT ont bataillé en 2013; le Pape a dirigé une Église qui combat nos droits»

Vocativ cite également Metro Weekly, un magazine LGBT de Washington, qui, bien que trouvant le Saint Père «intriguant et inspirant», estime que le choix de The Advocate n’en est pas moins «profondément stupide»:

«The Advocate nous dit que “Fidèle à sa parole, le pape François n’a pas profité de ses passages sous les projecteurs pour condamner les personnes LGBT”. Donc sa plus grande influence réside dans le fait de n’avoir rien fait. Là encore, ce n’est pas un impact direct sur la vie des LGBT, juste un signal potentiel.»

C’est justement sur cet aspect que Vocativ envisage un «débat intéressant»:

«Est-ce qu’une Personnalité de l’Année doit être quelqu’un ayant accompli quelque chose de tangible (comme Edith Windsor), ou quelqu’un qui pourrait ouvrir une porte vers un futur meilleur, mais flou (le pape)?»

Et l'article d’évoquer, comme geste «apparemment progressiste», le départ très récent de son poste au Vatican d’un cardinal anti-avortement et anti-mariage gay. Plus tôt cette année, cependant, c’était un prêtre australien pro-mariage gay que le Vatican avait défroqué et excommunié, ce qui, pour le Telegraph, était le signe que le pape François «n’est pas le progressiste que les médias désirent avoir».

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