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L'accord de grande coalition CDU-SPD sacrifie-t-il les jeunes Allemands?

Annabelle Georgen, mis à jour le 17.12.2013 à 9 h 58

Lors d'un match du championnat du monde de handball, en 2007 à Dortmund. REUTERS/Ina Fassbender.

Lors d'un match du championnat du monde de handball, en 2007 à Dortmund. REUTERS/Ina Fassbender.

Jamais les Allemands n'ont dû patienter aussi longtemps pour avoir un nouveau gouvernement. Après presque trois mois de pourparlers et de débats houleux, la CDU/CSU et le SPD ont finalement signé, lundi 16 décembre, le contrat de coalition tant attendu à Berlin, au milieu des sapins de Noel de la Paul-Löbe-Haus, comme le raconte Der Spiegel.

Instauration d'un salaire minimum à 8,50 euros de l'heure, assouplissement des conditions de départ à la retraite pour les salariés qui ont cotisé pendant 45 ans, qui peuvent désormais prendre leur retraite dès 63 ans, augmentation de la retraite des mères de famille... La feuille de route sur laquelle a finalement réussi à s'entendre la grande coalition, la «GroKo» comme la surnomme la presse allemande, est empreinte de justice sociale, particulièrement à l'égard des personnes âgées.

C'est justement ce qui inquiète les jeunes générations dans les rangs de la CDU/CSU, rapporte l'hebdomadaire Die Zeit. Début décembre, 63 responsables politiques chrétiens-démocrates âgés de moins de 45 ans ont mis en ligne un manifeste intitulé «Prendre aujourd'hui les bonnes décisions pour 2017», année où la GroKo achèvera sa mission. Dans ce texte où ils appellent la direction de leur parti à se préparer d'ores et déjà pour les prochaines élections fédérales en affirmant sa position de «parti populaire» auprès des Allemands, les signataires font part de leurs inquiétudes concernant le contrat de coalition:

«Notre inquiétude selon laquelle le paquet de réformes des retraites qui a été adopté, y compris la retraite sans décote à 63 ans, pourrait mettre en danger le succès de la politique menée en matière de retraites ces quinze dernières années est toujours présente.»

Plusieurs experts du système de retraites dénoncent également le contrat de coalition, qui selon eux profiterait aux personnes âgées aux dépens des jeunes et porterait donc atteinte au principe de justice intergénérationnelle cher au modèle allemand. C'est notamment le cas, dans les colonnes du Rheinische Post, du spécialiste des retraites Bernd Raffelhüschen:

«Ce contrat de coalition est clairement un contrat aux dépens des générations futures. C'est injuste et rétrograde.»

D'après ses estimations, l'assouplissement des conditions de départ à la retraite et l'augmentation du montant des pensions pourraient faire grimper la part des cotisations retraite des salariés de 18,3% aujourd'hui à 28% à l'horizon 2040.

Les jeunes sociaux-démocrates du SPD, surnommés les «Jusos», critiquent eux-aussi le contrat de coalition, mais pas pour les mêmes raisons: ils réclament une hausse des impôts et une politique moins répressive vis-à-vis des demandeurs d'asile.

Annabelle Georgen
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