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Le fondamentalisme islamique serait plus répandu qu'on ne le pense en Europe

Temps de lecture : 2 min

Un membre du groupe salafiste Forsane Alizza, en novembre 2011 à Nantes. REUTERS/Stéphane Mahé.
Un membre du groupe salafiste Forsane Alizza, en novembre 2011 à Nantes. REUTERS/Stéphane Mahé.

Le fondamentalisme religieux ne serait pas un phénomène marginal, mais une tendance répandue au sein de la communauté musulmane en Europe de l'Ouest. C'est la conclusion d'une étude allemande dont les résultats ont été présentés cette semaine à Berlin par le WZB, un centre de recherches en sciences sociales fondé à l'initiative des députés du Bundestag.

Cette étude comparée entre musulmans d'origine turque ou marocaine et chrétiens s'appuie sur une vaste enquête de terrain réalisée auprès de 9.000 personnes dans six pays européens, dont la France et l'Allemagne.

44% des musulmans interrogés estiment à la fois que les leurs devraient retourner aux racines de leur religion, qu'une seule interprétation des écrits religieux est possible et que les règles dictées par leur religion sont plus importantes que celles du pays dans lequel ils vivent, contre 4% des chrétiens.

Afin de déterminer dans quelle mesure les musulmans et les chrétiens considérés comme fondamentalistes font preuve d'hostilité vis-à-vis des autres groupes de population, les chercheurs ont soumis trois affirmations aux personnes sondées:

  • «Je ne veux pas avoir un homosexuel pour ami»

  • «On ne peut pas faire confiance aux juifs»

  • «Les pays occidentaux veulent détruire l'Islam» / «Les musulmans veulent détruire la culture occidentale»

Les résultats du sondage sont alarmants: près de 60% des musulmans interrogés déclarent ne pas vouloir avoir d'ami homosexuel, contre 13% chez les chrétiens; les premiers sont 45% à penser qu'il faut se méfier des juifs, contre 9% chez les seconds.

Les chrétiens sont par contre beaucoup plus nombreux —près d'un quart— à penser que les musulmans ont pour but de détruire la culture occidentale. Comme le note l'auteur de l'étude, le sociologue Rudd Koopmans, «les musulmans sont sans grande surprise le groupe extérieur qui suscite le plus haut degré d'hostilité». Près du double (45%) de musulmans pensent de leur côté que les pays occidentaux veulent détruire l'Islam.

Voilà qui pourrait contribuer à alimenter le débat autour de l'islamisme radical en France, revenu sur le devant de la scène depuis l'affaire Merah, et qui donne régulièrement lieu à des prises de position publiques. Le mois dernier, Luc Ferry comparait par exemple l'islamisme radical au nazisme des années 1930, comme le rapportait à l'époque le Lab d'Europe 1.

Dans sa conclusion, l'auteur de l'étude appelle tout de même à relativiser ses résultats:

«En même temps, on ne doit pas oublier que les musulmans constituent seulement une minorité relativement petite en Europe de l'Ouest. Considérés de façon relative, les niveaux de fondamentalisme et d'hostilité sont certes beaucoup plus élevés parmi les musulmans, mais en chiffres absolus, il y a au moins autant de fondamentalistes chrétiens que musulmans en Europe de l'Ouest, et la grande majorité des homophobes et des antisémites continuent d'être les allochtones.»

Annabelle Georgen Journaliste

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