En légalisant le cannabis, l'Uruguay applique ce que propose Daniel Vaillant en France depuis des années

La «dernière manifestation avec du cannabis illégal» se dirige vers le bâtiment du Congrès à Montevideo pendant le débat du Sénat sur la loi de légalisation du cannabis le 10 décembre 2013, REUTERS/Andres Stapff

La «dernière manifestation avec du cannabis illégal» se dirige vers le bâtiment du Congrès à Montevideo pendant le débat du Sénat sur la loi de légalisation du cannabis le 10 décembre 2013, REUTERS/Andres Stapff

Le Sénat uruguayen a approuvé mardi 10 décembre une loi sur légalisation du cannabis dans le pays portée par son président Jose Mujica, connu pour son train de vie modeste et son pragmatisme. L'évènement fera date dans l'histoire de la législation autour de ce produit: c'est en effet la première fois qu'une nation va autoriser et contrôler tous les aspects de l'industrie, de l'importation à l'exportation en passant par la plantation, la culture, la récolte, la production, l'acquisition, le stockage, la commercialisation et la distribution du cannabis et de ses dérivés. Le Monde écrit:

«Les consommateurs de cannabis seront autorisés à acheter au maximum 40 grammes par mois dans des pharmacies homologuées par l'Etat. Ils devront avoir 18 ans et être enregistrés dans une base de données publique qui suivra leurs achats mensuels. Les Uruguayens seront également autorisés à cultiver six plants de cannabis à domicile par an, ou l'équivalent de 480 grammes. Ils pourront, en outre, créer des clubs de 15 à 45 membres qui seront autorisés à faire pousser 99 plants par an.»

Nul doute que l'évolution de la consommation et du trafic en Uruguay sera suivie de très près par tous ceux qui s'intéressent au débat sur la légalisation du cannabis dans le monde.

En France, le député PS et ancien ministre de l'Intérieur Daniel Vaillant doit se féliciter: l'Uruguay vient en effet de mettre en application, dans les grandes lignes, une idée qu'il tente, en vain pour le moment, de faire avancer en France depuis quelques années.

Vaillant a en effet remis en 2011 un rapport (pour lequel il avait auditionné des policiers, des magistrats, des sociologues, des addictologues et aussi des patients) préconisant la légalisation du cannabis en France, avec la création d'une filière nationale de production et d'un réseau national de distribution à l’image de ce qui se fait pour le tabac et l’alcool. La proposition avait divisé la gauche (Jean-Marc Ayrault a depuis clairement dit qu'il n'y aura pas de dépénalisation du cannabis sous son gouvernement) et fait quasiment l’unanimité contre lui à droite.

Si la classe politique française reste dans l'ensemble réticente à la dépénalisation (ne pas poursuivre les consommateurs) et encore plus à la légalisation (organiser un marché régulé), de nombreuses personnalités mondiales de premier rang (Kofi Annan, Louise Arbour, Richard Branson, Javier Solana, Mario Vargas Llosa...) défendent l'idée selon laquelle légaliser le cannabis (et même d'autres substances psychotropes) serait plus efficace en termes de santé publique et de lutte contre les grands réseaux criminels et leur violence que l'interdiction et la répression pures et simples.

Des initiatives de légalisation du cannabis ont été récemment votées aux Etats-Unis, dans le Colorado et dans l’Etat de Washington. Elles vont plus loin que ce que par exemple les Pays-Bas ont fait, où la vente en détail de cannabis est autorisée mais où la production à grande échelle et la vente en gros sont dans une zone grise.

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