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Un ancien de la Stasi et du KGB fait construire une tour... au ras du Mur de Berlin

Annabelle Georgen, mis à jour le 10.12.2013 à 18 h 19

Visualisation du projet Living Levels (DR).

Visualisation du projet Living Levels (DR).

L'hiver dernier, les Berlinois étaient venus manifester en nombre au pied de l'East Side Gallery pour tenter de sauver «leur» Mur. Ils s'opposaient à la construction d'un hôtel et d'une résidence de luxe sur l'ancien no man's land situé au bord de la Spree, qui nécessitait d'abattre des pans entiers de la plus grande portion du Mur de Berlin encore conservée.

Mais leurs efforts comme ceux de David Hasselhoff, venu à leur rescousse pour réclamer l'abandon du projet, comme nous le rapportions à l'époque, s'étaient alors heurtés à un mur de silence de la part du Sénat de Berlin. Des percées ont été réalisées comme prévu dans l'East Side Gallery et les travaux ont débuté.

Depuis qu'il s'est retrouvé malgré lui sous les feux des projecteurs, Maik Uwe Hinkel, le discret investisseur qui est derrière le projet de la tour Living Levels, une résidence de luxe de 14 étages «sans compromis, souveraine et unique», comme elle est présentée sur le site dédié au projet, est au cœur d'une polémique autour de son passé. Au printemps dernier, la presse a révélé que cet ancien citoyen d'ex-RDA était autrefois un informateur de la Stasi, ce qui avait enflammé le débat autour du bien-fondé de la destruction d'un mémorial à des fins commerciales. Comme l'expliquait alors au Spiegel un représentant des victimes de l'ex-dictature, Ronald Lässig, fermement opposé au projet:

«Pour les victimes, c'est une gifle, bien sûr, que des gens qui étaient précisément leurs bourreaux veulent rayer ce mémorial de la carte. Et ce exactement à un endroit du Mur de Berlin où des gens sont morts. Ça ne va pas. Il est maintenant demandé aux responsables politiques de la ville d'agir.»

Maintenant que l'épais dossier de plus de 300 pages que la Stasi détenait sur son informateur Maik Uwe Hinkel, qui opérait sous le nom de code de «Jens Peter», est dans les mains de la presse berlinoise, les révélations sur le passé trouble de l'investisseur se multiplient.

Alors qu'il était étudiant à Zwickau dans les années 1980, Maik Uwe Hinkel dénonçait ses voisins, sur lesquels il écrivait des rapports payés 15 ostmarks pièce, ce qui lui avait permis de se constituer un petit pécule avec lequel il s'était acheté une Trabi, cette petite voiture typique de l'ex-Allemagne de l'Est que les citoyens lambda mettaient des années à pouvoir s'offrir, rapportait récemment le Berliner Zeitung.

On sait désormais qu'à la chute du Mur, Maik Uwe Hinkel travaillait également depuis plusieurs années comme agent pour le KGB, comme le révèle Der Tagesspiegel. Il aurait alors accepté l'offre de rejoindre les services secrets allemands, l'Office allemand de protection de la constitution, pour éviter d'être condamné.

Mais d'après les informations du Tagesspiegel, il aurait continué à travailler en secret pour le KGB. Ce n'est qu'en 1996 que l'agent double aurait été démasqué par les services secrets allemands lors d'une mission à Zürich et condamné à de la prison.

Ces nouvelles révélations font monter la tension d'un cran et laissent espérer que le Sénat de Berlin va prendre position sur ce sujet. Un ancien député du Bundestag, Reinhold Robbe (SPD), vient d'ailleurs de demander au Sénat, au nom des victimes de la Stasi, de cesser toute affaire avec l'investisseur.

Annabelle Georgen
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