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Les «Mipsterz», à la fois musulmanes et hipsters, doublement détestées?

Moitié musulmane, moitié hipster = Mipsterz. Le néologisme est apparu en 2012, mais la presse américaine en parle surtout depuis que des jeunes filles ont publié une vidéo fin novembre 2013 intitulée «Somewhere in America», dans laquelle des mannequins de cette petite communauté se filment sur fond de Jay Z en train de faire du skate, des selfies ou de déambuler dans des endroits cools. La sportive Ibtihaj Muhammad, membre de l’équipe nationale américaine d’escrime, apparaît aussi dans la vidéo.

Hijabs, talonts hauts, maquillage et vêtements cools, les Mipsterz réalisent une sorte de synthèse visuelle entre les attributs de l’islam et ceux, disons, d'Urban Outfitters ou d'un shooting de magazine de mode.

C’est un micro-mouvement qui a sa page Facebook et son forum Google, au slogan assez amusant:

«Attends, ils nous détestent parce qu’on est musulmanes? Ou ils nous détestent parce qu’on est des hipsters?»

«Un(e) Mipster est quelqu’un au fait des dernières musiques, modes, mouvances artistiques, pensées critiques, nourritures, créativité, […]», et qui en même temps «cherche l’inspiration dans la tradition islamique et les écritures divines […]», lit-on sur la page Facebook du mouvement.

En bon hipster traditionnel(le), le ou la Mipster est aussi «une identité ironique» portée sur la critique de soi-même et de la société.

Selon BuzzFeed, la publication a provoqué «un sentiment commun du fait qu’en dépit de ses écueils, la vidéo mérite d’enclencher un débat bienvenu sur l’identité de la femme musulmane aux Etats-Unis». Et le ton des médias musulmans est plutôt critique.

Pour l’éditrice du magazine The Islamic Monthly, cette vidéo «objectifie la femme musulmane en la réduisant à un niveau physique». Une culture «islamofashionista» sans substance et paradoxale, puisqu’elle détourne la critique musulmane d’un mode de vie superficiel à l’occidentale pour ne garder que l’apparence et la coolitude qu’elles associent au port du voile…

Autre musulmane peu sensible aux charmes branchés des Mipsterz, la chercheuse et militante Suad Abdul Khabeer, qui écrit –dans un post lui-même teinté d’ironie– que le foulard n’est pas qu’une question de «sexe, de swag et de consommation, mais aussi de croyance et de beauté, de défi et de lutte, de secrets et de modestie».

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