La police française a encore des progrès à faire dans l'utilisation des réseaux sociaux

Reuters / Dado Ruvic

Reuters / Dado Ruvic

Pour le séminaire sur la France en 2025, Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur avait déclaré vouloir que la police s’engage sur la piste du 3.0une expression qui ne veut pas dire grand-chose si l’on en croit Rue 89. Au vu de la réaction de la police face au tireur qui a sévi le 18 novembre à Paris, il y a sans doutes quelques efforts à faire pour atteindre le pallier du 2.0.

C’est ce que démontre l’auteur du blog Renseignement intérieur qui analyse la réaction de la police lundi sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, «pas de trace du tireur» sur le compte de la police nationale, mis à part un retweet, à 20h hier, de l’appel à témoin lancé par la Préfecture de police de Paris.

Celui-ci, le «seul tweet sur toute l’affaire [posté] en toute fin d’après-midi soit plus de huit heures après l’irruption du tireur à Libération», n’indique même pas de quelle affaire il s’agit.

L’auteur du blog note encore que le hashtag utilisé «Appelàtémoin» n’est pas très «parlant, alors que “#tireur“ fait partie au même moment des hashtags les plus utilisés sur Twitter». Quant au parquet de Paris et à la gendarmerie nationale, ni l’un ni l’autre ne sont sur Twitter.

Il n’y a pas de doutes, on pourrait faire des efforts. Manuel Valls l’avait d’ailleurs dit aux cadres de la police en septembre dernier:

«Nous sommes loin d’avoir tiré tout le parti possible des réseaux sociaux pour toucher la diversité des publics.»

Et pour s’améliorer on pourrait prendre exemple sur d’autres pays. D’abord, on pense aux Etats-Unis. Pour les attentats de Boston en avril 2013, la police n’a cessé de tenir les habitants au courant en temps réel de ce qu’il se passait, utilisant Twitter, non seulement pour faire des mises à jour mais aussi pour contredire les fausses rumeurs qui se répandaient sur les réseaux sociaux note Businessweek. Et quand Dzhokhar Tsarnaev a été arrêté, la police ne l’a pas annoncé en conférence de presse, ni par un communiqué. C’est sur Twitter qu'elle a annoncé la bonne nouvelle aux Bostoniens:

[Capturé!!! La chasse est terminée, la recherche est finie. La terreur est terminée. Et la justice a gagné. Suspect derrière les barreaux.]

La photo des suspects avait été postée sur les réseaux sociaux par la police elle-même, précise encore Voice of America, et la population américaine s’était empressée de la faire circuler. A Paris pour la conférence de presse sur le tireur, c’est sur une feuille de papier A4, que le procureur de la ville a rendu public le portrait du tireur qui circulait de toute manière déjà sur les réseaux sociaux.

Ensuite on pourrait citer le Canada, où la police semble bien maîtriser les codes des réseaux sociaux, rapportait CNN en août dernier. Un homme à Toronto s’ennuyait ferme dans son magasin et a tweeté pour demander du cannabis pour finir sa journée tranquillement. Ce à quoi The York Regional Police a répondu:

[Super! Est-ce qu'on peut venir aussi? MT @Sunith_DB8R Y-a-il un revendeur à Vaughan pour se faire 20 dollars de hash ? Rendez-vous chez M. Lube au coin de Keele et Langstaff, j’ai besoin d’un joint ou deux pour tenir jusqu’à la fermeture.]

Il y aussi la police espagnole, «deuxième institution la plus populaire du pays derrière la garde civile (la gendarmerie)», écrit le Monde, dont le compte Twitter affiche plus de 570.000 abonnés, et qui avec «un style familier, des petites blagues et un langage souvent ironique inspiré des jeunes internautes ont permis de multiplier par neuf son nombre d'abonnés et de s'adresser au grand public, en particulier pour lancer des appels à témoin».

En février dernier, la police d’Oslo a reçu un prix pour son humour sur Twitter, rapportait encore Le Monde, grâce à des petits messages comme celui-ci:

«Un véhicule intercepté sur soupçon de conduite en état d'ébriété. S'est avéré être un Grec conduisant pour la première fois sur les routes hivernales norvégiennes.»

Manuel Valls avait raison, la police a encore des progrès à faire.

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